Soyons un peu plus indulgents avec nous-mêmes.
Soyons un peu plus indulgents avec nous-mêmes
Que faire quand notre réalité ne correspond pas à ce que nous imaginions? La question posée ainsi peut paraître presque impromptue. Mais combien de fois sommes-nous confrontés à cette situation sans savoir quoi faire et surtout sans même que nous en soyons conscients. Combien de fois l’amour que nous pensions avoir n’est finalement pas ce que nous croyons? Combien de fois le travail que nous imaginions faire est à mille lieux de ce que nous sommes entrain de faire? Combien de fois nous regardons notre vie et nous apercevons qu’elle ne correspond en rien à celle que nous voulions avoir? Comment sommes-nous quand nos enfants ne sont pas exactement comme nous aurions aimé qu’ils soient? Que faisons-nous dans ces cas? Quelle est la formule que nous employons pour tenir sans nous écrouler? Comment y faisons-nous face?
Eh bien! Nous faisons bonne figure. Nous avons été bien élevés. Le formatage a été bien fait. Nous prétendons que c’est parfait et que la situation est même meilleure ainsi. Nous ne prenons pas le temps de nous poser et de sentir ce sentiment de déception. Il est en effet désagréable. Il nous fait penser que nous sommes des “loosers”. Personne ne veut se sentir ainsi et les moyens qui sont à notre disposition pour ne pas ressentir ce sentiment sont bien minimes. Alors très souvent nous évitons de le sentir et prétendons que tout est parfait.
Malheureusement le sentiment ne fait pas semblant de ne pas être présent en nous. Il reste à l’intérieur de nous et cherche une porte de sortie que nous ne lui accordons pas car nous avons peur de lui. Nous pensons qu’en ressentant le sentiment, nous disparaîtrons en nous écroulant pour de bon. Pour nous défendre de notre mort certaine si nous ressentons ce sentiment, nous employons tous les moyens et toute notre imagination pour lui échapper.
Nous remplissons nos vies certes de choses utiles et qui nous font plaisir mais tant que la motivation à l’origine de ces plaisirs n’est pas la recherche unique du plaisir, nous ne pouvons être parfaitement dans ce plaisir. Si ce qui a motivé ce plaisir c’est la fuite face à ce sentiment de déception, lorsque nous serons en plein dans les conditions de notre bonheur, il y aura toujours quelque chose qui manquera. Notre motivation doit être pure et unique afin de nous procurer toute la joie que nous attendons. Tant que nous ne sommes pas clairs quant à la base notre motivation, nous sommes bloqués et figés quant à la réception de notre bonheur. Nous recevrons tout le bonheur caché dans la recherche de notre plaisir si la motivation est limpide.
Or quand nous fuyons et que nous prenons un plaisir comme instrument de fuite, lorsque vient le moment de notre réception de ce plaisir, il y a un vide que nous n’arrivons pas à combler. Le plaisir ne nous satisfait pas. Notre investissement ne nous a pas rapporté ce que nous attendions. Nous en ressortons déçus et frustrés. Cette déception vient s’ajouter à la déception de base et accroît notre peur vis à vis de ce sentiment. Il en découle un plus grand désir d’évasion. Nous multiplierons les recherches de fuites et les moyens de combler nos vies afin de ne pas voir nos déceptions. Nos vies sont pourtant faites de choses très intéressantes mais tant qu’elles sont soutenues par la peur, elle ne peut nous procurer que plus de peur. C’est un cercle vicieux qui s’installe en nous et qui ne cesse de se renforcer.
Alors que faire quand tout nous encourage à éviter de sentir ce qu’il y a à l’intérieur de nous? Cette accumulation de déceptions si elle n’est pas traitée sérieusement peut nous atteindre dans nos croyances. Nous allons basés notre vie sur la haine et le rejet de ce que nous sommes. Nous risquons d’être portés par la peur de ce que nous sommes au lieu d’être soutenue par l’amour de nous même.
Je tiens à préciser qu’évidement, beaucoup font tout pour atteindre leurs rêves et qu’ils y arrivent. Mais tant bien même ils y parviennent, la peine qu’ils ont eu à se rendre à ce niveau est si grande qu’ils peuvent tomber dans ce cercle. Les déceptions accumulées avant d’y arriver sont telles que lorsqu’ils obtiennent ce qu’ils voulaient, il y a un sentiment de revenge ou un sentiment de : « pourquoi est-ce que les choses ont été si dure pour moi? Je ne demandais pourtant pas grand chose si ce n’est que de faire ce que j’aime. » Il y a une rage qui s’installe contre la vie et contre les conditions dans lesquelles ils se sont trouvées dans le passé. Celle-ci masque trop souvent la déception qu’ils ont en eux même s’ils ne s’en rendent pas compte et ne le vivent pas ainsi.
Le but n’est jamais de faire bonne figure en surface. Le but est d’être vrai. Nous ne devons pas chercher à être à tout prix des enfants bien élevés car nous passons souvent à coté de ce que nous ressentons et notre comportement bien qu’étant juste et approprié en société n’a rien avoir avec ce que nous ressentons à l’intérieur. Il est regrettable que ceux dont les parents se sont attelés à faire les efforts pour que leurs enfants soient bien élevés sont souvent ceux qui passent à coté de leur ressenti le plus souvent. Au lieu de laisser le champ libre à ce qu’ils ressentent en eux, ils vont zapper cette étape et tomber directement dans le comportement qu’il faut adopter pour être bien en société. C’est pourtant là qu’est le piège.
Ils ont eu les bonnes règles de comportements en société mais nul ne leur a enseigné de sentir la différence entre ce qu’ils ressentaient en eux et le comportement qu’ils ont en public. Personne ne leur a appris à réconcilier les deux. Ils sont livrés à eux même et ne savent pas pourquoi ils font tout ce qu’ils sont sensés faire mais n’atteignent pas leur bonheur.
Avoir les bonnes règles de comportements en société et les mettre en application sont deux choses bien différentes. Je dirais même qu’il s’agit de la première et de la troisième étape. Il faudrait ajouter l’étape de ressentir ce qui est en nous avant de passer à la troisième étape. En effet les quelques secondes prises pour observer ce que nous voulons vraiment nous rapprochera de nous même et de notre propre vérité. Par contre quand nous passons de l’étape une à l’étape 3, nous ne savons plus qui nous sommes car nous ne sommes jamais la personne que nous sommes mais la personne que nous devons être. Nous faisons cela pour satisfaire une image de perfection qui n’a rien de réelle.
La différence qui existe entre notre réalité extérieure et ce que nous rêvons d’être n’est que le résultat de la différence qui existe entre ce que nous ressentons et la façon dont nous nous comportons. J’ajouterais que le fossé est d’autant plus grand que nous sommes inconscients de cette différence. Notre douleur s’accentue d’autant plus que nous ne savons pas quel est le problème. Nous ne savons pas où est-ce que nous ne n’avons pas fait ce que nous aurions du faire. Où est la faute?
Notre erreur est d’avoir négligé ce que nous ressentions. Ce corps est là pour ressentir. Lorsque nous évitons de le faire, nous ne le torturons. Nous ne l’utilisons pas à plein régime et en conséquence des pans entiers de notre être nous échappent car nous nous sommes comporter comme des machines au lieu d’être des êtres en mesure de ressentir les choses.
Ressentir ce qu’il y a en nous est un pas vers la réconciliation entre notre rêve et notre réalité. Cela nous aide à comprendre ce qui nous a menés à cette différence. Nous devenons moins durs avec nous mêmes. Nous sommes plus indulgents avec nos soi-disant fautes ou nos égarements. Nous nous soutenons plus dans notre vie et nous nous aimons plus.
