Soumis à nos peurs
Soumis à nos peurs
La peur de notre souffrance nous fait être au service de la peur de notre souffrance et nous conduit à créer les conditions de la souffrance que nous voulons éviter. Un exemple ici s’impose. En effet parfois la peur du rejet peut nous amener à ne parler à personne ou fuir tout le monde de peur que de notre interaction avec eux en découle une situation où nous serons rejeter. Mais cette peur peut aussi se traduire par la création de condition pour que l’autre puisse nous rejeter. Par exemple, nous pouvons tout faire pour que l’autre, l’ami ou l’amant soit toujours celui qui appelle dans la relation au lieu que ce soit nous qui le fassions. Cette situation peut fonctionner pendant longtemps mais le jour où par hasard, le jeu ne fonctionnera plus, ils vont être profondément heurtés.
Ce n’est pas tant qu’ils veulent être rejetés mais la peur de ce rejet les pousse à donner à l’autre le pouvoir de les rejeter ou de créer des situations où ils auront l’impression d’être rejeter. Cela a des conséquences intéressantes car ils ne prendront jamais le risque dans une relation de demander ce dont ils ont besoin. Eh oui! A quoi bon demander si cela peut être refusé. Ils peuvent décider de ne pas inclure l’autre dans ce qu’ils font car il y a des risques que celui-ci leur dise non. Au lieu d’être comme ils sont, ce qu’ils n’ont que très rarement eu l’occasion d’être, ils vont tout faire pour plaire à l’autre de peur que s’ils ne se comportent ainsi, ils seront de toutes les façons rejeter. Ils veulent tellement éviter la bataille et la confrontation que cela peut les pousser à ne pas donner leur opinion où à masquer ce qu’ils pensent. Il y a même des conséquences positives à cela car les gens autour les trouveront posés, calmes et serein. Ceci ne fera que renforcer leur attitude.
Malheureusement ou heureusement, il y a une limite au niveau de retenu de tout le monde. Lorsque la marmite est pleine, ils explosent ou gueulent ou font un cafouillage tel que personne ne comprend vraiment comment la personne qui était si calme a pu devenir cette autre personne complètement vociférante.
Étant donc au service de cette peur, celle-ci va tout faire pour construire une réalité à celui qui y est soumis. Tous les évènements seront disséqués à partir de cet angle et seront ramenés vers cette peur afin qu’elle puisse continuer de vivre en lui ou elle. Celui ou celle qui se laisse téléguider par cette peur ne s’en rend pas compte bien évidement car il ou elle est tellement habitué à ce que tout soit ainsi qu’il ne voit rien à redire ou d’anormal à sa façon de se comporter. En plus cette peur d’être rejeté lui a tellement servie à éviter tellement de problèmes que s’en débarrasser n’aurait aucun sens. Pourquoi laisser quelque chose qui nous a tant aidés? Il y a presque comme un manque de reconnaissance et même un manque d’intelligence à se comporter ainsi. Mais plus enfoui peut-être est le fait qu’il ou elle croit être cette peur d’être rejeté. Il ou elle est identifié à cette peur et ce mécanisme. Lui demander de s’en séparer, équivaudrait à lui demander de tuer cette partie de lui-même à laquelle il s’est habitué, a aimé, a reconnu les bienfaits pour lui et autour de lui pendant peut-être quarante années et parfois plus. Peu de personnes sont prêtes à faire le pas de se remettre en cause de cette manière. Il faudrait un tsunami intérieur pour qu’ils s’interrogent à ce sujet. D’ailleurs parfois même après ce genre de chocs internes, ils préfèrent tout rejeter plutôt que de se remettre en cause. Ils n’en voient pas vraiment le besoin. L’aveuglement est total.
Plus ils sont soumis à cette peur, plus cette peur a besoin de leur faire vivre des choses encore plus folles afin de justifier leur soumission. D’où la maximisation de cette peur à tous les niveaux. Elle s’empare de tous les compartiments de la vie et les soumettent à sa volonté. Dans le même temps, afin de ne pas faire craquer le soumis ou la soumise, elle va lui faire avoir un certain nombre de choses dont il sera convaincu du besoin afin de vivre sans être rejeter. Ces choses peuvent être le travail, un ou une partenaire, des enfants, aller en vacances, faire des activités, avoir une voiture, aider les autres etc. Je ne dis pas que tout le monde est dans cette situation mais ceux qui sont contrôlés par leur peur ont cette tendance à différents degrés.
Mais peut-être avons-nous besoin de vivre nos peurs à leur maximum afin de les reconnaître pour pouvoir enfin voir l’emprise qu’elles ont sur nous et les lâcher. La raison de l’exagération de nos peurs est peut-être du au fait que nous devons en prendre compte et nous libérer d’elles.
