Souffrance: violences et larmes

Souffrance : violences et larmes

Ceci est un billet qui fait suite à celui qui se nomme “violences et larmes”. Il me semble être important revenir sur la relation que nous avons avec la violence et les larmes. La remarque qui va suivre n’est pas un jugement et même si elle donnera cette impression, ce n’est pas ce qui est voulu. Nous sommes victimes de la séparation des mondes. L’association que nous faisons entre douceur, tendresse, souplesse, patience, larmes, pleures et la féminité d’une part et le lien que nous faisons entre violence, dureté, force, puissance, pouvoir et la masculinité d’autre part nous joue des tours.

Nous sommes prisonniers de cette vision des choses et nous sommes enfermés dans cette division. Ceci entraîne que notre rapport à la violence et aux larmes ne peut qu’être teinté d’aprioris. Je vais prendre un exemple: Imaginons un homme qui bat sa femme. Il va s’en dire que cet homme a exercé de la violence sur sa femme. Il est clair que cela doit être arrêté. Toutes les mesures doivent être prises pour empêcher que cela ne se reproduise. Cette violence doit être mise à l’index et celui qui l’a exercé doit en subir les conséquences. La femme qui a subi cette violence doit être prise en charge.

Une fois que ceci est fait et dit, nous ne devons pas nous satisfaire en nous disant que nous avons fait le bien contre le mal. Si nous restons dans cette vision, nous n’avons rien compris car les deux personnes souffrent. C’est cette souffrance qui s’est exprimée au grand jour.

L’homme a mis sa souffrance en scène en frappant sa femme et la femme a mis sa souffrance en scène en se mettant dans les conditions où elle allait se faire frapper et pleurer. J’irais même jusqu’à dire qu’étant donné que nous sommes le miroir l’un de l’autre dans les couples que c’est la même souffrance qui a conduit ces deux personnes à se rencontrer et il y a eu presqu’un accord entre les partenaires pour qu’ils mettent en place dans le monde visible la façon dont leurs souffrances les tourmentent et comment ils essayent d’ailleurs de les dépasser.

La violence que l’homme a exercée, tout le monde est à même de la reconnaître. Par contre, celle exercée par la femme sur elle même, très peu de personnes sont à même de la voir ou devrais-je même dire veulent la voir.

Je ne dis pas que les femmes qui subissent ces violences ne sont pas des victimes et qu’il n’y a pas un processus clair qui les conduit à cet état. Une fois que cela est dit, il faut aussi accepter qu’elles finissent par dire “oui” à la violence qui leur est faite. Donc d’une certaine manière, elles se font violence en disant « oui » à celle-ci. Il y a la violence que l’homme lui fait et il y a aussi la violence qu’elle accepte de subir. Elle est à la fois victime et responsable de la violence exercée sur elle.

Ce sont d’ailleurs les deux choses qui vont être difficiles à saisir pour les femmes qui subissent ce genre de violences. Ainsi donc, la souffrance interne qu’elle porte la fait pleurer et la conduit à se faire frapper. Elle frappe sa souffrance et elle pleure à cause de sa souffrance. Elle n’arrive pas à identifier sa souffrance et par conséquent elle s’identifie à sa souffrance. Ainsi en se faisant frapper, elle frappe sa souffrance puisqu’elle se voit aussi comme sa souffrance. Donc ne faisant plus de distinction entre la souffrance et elle, elle mérite donc d’être frappée. La souffrance doit être cassée et puisqu’elle est souffrance, elle doit être cassée. En réalité, ce n’est pas elle qu’elle voudrait frapper mais sa souffrance mais ne sachant pas où celle-ci se trouve, elle frappe le contenant de la souffrance au lieu de se donner le temps d’aller non seulement la chercher, la trouver et en atténuer ses effets.

Elle n’a pas les moyens de savoir quelle souffrance pèse sur elle ou à l’intérieur d’elle car elle n’a pas reçu les enseignements nécessaires pour faire une recherche sur ce qui la fait souffrir. Elle est si inconsciente de la souffrance qui la ronge qu’il n’est pas certain qu’elle serait allée le suivre si elle avait entendue parlée d’un tel enseignement avant sa rencontre avec cet homme. Donc elle est dans cette situation car il y a un manque de ce genre de choses mais aussi car elle inconsciente de sa souffrance et enfin un petit peu en raison du manque d’intérêt vis à vis de ce qu’elle est.

Ceci entraîne donc qu’à un niveau invisible, la femme demande à l’homme de casser cette souffrance qu’elle a en elle. Etant donné qu’elle se voit comme la souffrance qui la dérange, c’est donc elle qu’il faut casser. Voilà le jeu pervers qui a lieu lorsque l’on ne se connaît pas et que l’on ne prend pas le temps de se connaître.

Quant à l’homme qui va frapper, sa souffrance agira d’une autre façon. Il aimerait lui aussi casser ce qui le ronge et pleurer pour ce qui le torture à l’intérieur. Mais étant coupé de lui-même, il ne sait pas comment y parvenir. Lorsqu’il trouve cette femme, il voit en elle sa propre souffrance. Cela se fait toujours au niveau invisible. Ils n’en sont pas conscients. Il voit en elle ce qui le fait souffrir en permanence. C’est cette sensibilité qu’elle a qui le fait souffrir. Il aimerait enlever de lui sa capacité à sentir qu’il est mal en lui. La femme en lui est responsable se sa souffrance. Il voit cette féminité en lui comme quelque chose à éliminer. Si elle n’existait pas, il ne ressentirait pas de souffrance. Donc son but devient de la casser.

Il va vouloir modeler cette femme avec qui il est à l’image de ce qu’il veut. Cependant, tous les changements qu’il lui demandera d’effectuer ne changeront rien à son propre état. Sa souffrance interne restera peu importe ce qu’il fait. La seule solution pour lui devient donc d’accentuer son control sur la femme qui est en face de lui et la frapper encore plus pour avoir l’impression de contrôler ou de casser la souffrance qui le ronge et qu’il identifie à la femme à l’intérieur de lui. Ne pouvant pas mettre la main sur la femme à l’intérieur de lui, il va mettre la main sur la femme à l’extérieur de lui. Elle devient la représentation de la femme à l’intérieur de lui. Tous les coups seront permis car sa souffrance est très grande.

En la frappant et en la voyant pleurer, il a enfin l’occasion de frapper cette chose qui le ronge à l’intérieur. Il voit cette chose pleurer. D’ailleurs ces hommes après avoir frappé leurs femmes ou copines vont toujours s’excuser et leurs dire que c’est la façon d’agir de leurs femmes ou copines qui les a conduit à se comporter comme ils l’ont fait. En vérité lorsqu’ils vont dire cela à la femme qu’ils viennent de frapper, ce n’est pas à elles qu’ils s’expriment à la femme qui est à l’intérieur d’eux et qui les torturent.

Cet homme est comme la femme que j’ai décrite plus haut. Il ne sait même pas qu’il souffre mais il sait qu’il y a quelque chose qui le dérange. Il ne sait pas où cela se trouve mais il sait que c’est quelque part en lui. A l’arrivé de cette femme, il va l’identifier à sa souffrance. Elle va donc devenir lui. Donc lorsqu’il la frappe, c’est en fait lui qu’il frappe. C’est en fait cette souffrance qu’il frappe et casse. Sa souffrance prend enfin une forme concrète. Il peut donc s’en donner à cœur joie et lui rendre ce qu’elle lui fait à l’intérieur.

Comme je l’ai dis pour la femme plus haut, la connaissance de soi aurait permis à cet homme d’éviter ce genre de dégâts. Cela n’est pas enseigné malheureusement et heureusement dans tous les coins de rue et même si cela l’était, il n’est pas dis qu’il y serait allé. Il est donc victime et responsable de ce qui lui arrive et de ce qu’il fait à cette femme.

Donc lorsque l’homme qui va frapper sa femme ou sa copine rencontre la femme ou la fille qui va se faire frapper, les deux se reconnaissent. Ils voient qu’ils ont la même souffrance et comment ils peuvent s’utiliser pour la casser/traiter. Ils vont le faire de la façon la plus inattendue mais ils vont le faire quand même.

Il faut voir à l’intérieur de ce jeu, le désespoir que chacun d’eux vit. Leur manière de régler le problème n’est pas la meilleure et ne règlera d’ailleurs rien mais elle est une voie qu’ils essayent car ils n’ont pas d’autres façon de faire, ne savent pas qu’il existe d’autres façons de faire et ne sont même pas conscients qu’ils sont dans des situations de souffrances.

Nous qui sommes à l’extérieur et qui sont si peu au courant des jeux de l’invisible, n’apprécions pas toute la mesure de ce qui est entrain de se jouer lorsque nous voyons à l’œil nu cet échange de violence et de larmes. En restant attaché à une vision violence vs. larmes nous passons à coté de ce qui se passe vraiment.

Souffrances : Violences et larmes part 2

J’avais envi de revenir sur la violence et la façon dont elle peut nous impressionner. Elle est si forte et si désarçonnante que face à elle, tout notre calme et notre raison s’envole. Elle nous affecte tellement que tout ce à quoi nous croyons s’effondre et nous avons du mal à revenir à des sentiments qui étaient les nôtres auparavant. Nous sommes tellement blessés, tellement heurtés, tellement paralysés que soit nous restons dans la paralysie pour un long moment ou soit nous appelons la violence qui est en nous à sortir pour nous défendre.

Généralement, la grande majorité d’entre nous sommes dans ce genre de réactions face à la violence. Nous réagissons ainsi en raison de notre méconnaissance de ce qu’est la violence. Avant d’être un contact avec notre physique, elle est une mise en scène. Cette mise en scène a des conséquences dramatiques et douloureuses mais il n’empêche qu’il s’agit d’un jeu d’acteur. Parce que nous ne percevons pas notre propre jeu, nous ne percevons pas le jeu de celui qui est violent.

Pour bien comprendre là où je veux en venir, il faut prendre le temps de regarder la personne violente. Evidement, le moment où elle est violente n’est peut-être pas le meilleur mais après coup, il faut revisiter toutes les étapes de cette violence et tout ce qui tourne autour de celle-ci. 

En effet, il faut voir la personne violente circuler, il faut revoir sa façon de parler, voir son le ton qu’elle ou il utilise, il faut entendre le son qu’elle ou il émet, il faut saisir sa gestuelle, son regard, le mouvement de cils et sourcils, le mouvement de ses mains, de ses bras, la vitesse à laquelle elle parle, le mouvement de ses jambes ainsi que leurs sons, l’accélération ou décélération de tous ses gestes etc. Il va s’en dire que saisir cela juste pour le plaisir de le saisir ne servirait à rien.

Afin d’y apporter un sens, il faut se rendre compte de l’impression que chacune des choses que nous avons vu à sur nous. En effet tout ce que je viens de citer provoque une vibration en nous qui va changer notre état. Notre incompréhension ainsi que notre manque de connaissance de ce qu’est cette vibration nous emmène à nous paralyser. Nous ne comprenons pas cette petite vibration qu’il y a en nous. Elle nous terrifie et nous bloque entièrement.

Nous sommes dans cet état car la vibration qui circule en nous lorsque nous assistons à des choses violentes est la même vibration que nous avons eue la toute première fois que nous avons eu peur. Nous n’avons pas été en mesure de faire face à cette vibration et depuis, toutes les peurs que nous avons ressenties n’ont pues être intégrées. Chaque fois que cette vibration est survenue, nous l’avons mise de coté. Il y a donc une accumulation de ces vibrations non ressenties en nous qui nous fait agir différemment.

Donc avant même que cette violence soit un contact de corps à corps, nous sommes déjà dévorés par l’accumulation de tous les signes de violences qui ont lieu en face de nous et qui ont provoqués ces vibrations. Nous sommes donc paralysés avant qu’il y ait contact entre les différents corps. Je devrais même dire qu’avant même qu’il y ait eu la présence de la personne violente en face de nous, nous sommes déjà en état de quasi paralysie. Nous sommes bloqués avant même que la bataille n’est commencée. Tout cela parce que nous ne savons pas ressentir ces vibrations.

Si nous prenons le temps de nous observer, nous verrons qu’à chacun de ces mouvements de corps de la personne violente, il y a une vibration en nous. Si nous avons la capacité de nous calmer après les deux ou trois premières vibrations, nous réduirons la peur qui est en nous et l’impression que la personne violente veut transmettre en bougeant tel qu’il ou elle le fait.

N’étant pas influençable par sa gestuelle, nous sommes en meilleur posture pour répondre aux attaques de la personne violente et surtout, nous ne perdons pas ce que nous sommes malgré toutes ces actions. Malheureusement, le fait que nous ne faisons que réagir à toutes ses vibrations et de la façon la plus négative qui soit, nous condamne à la paralysie.

En effet, la seule réaction que nous nous autorisons dans ces situations est de faire semblant de ne rien ressentir comme nous l’avons toujours fait dans ce genre de situations. Or ce manque de ressenti provoque notre paralysie. Toutes les vibrations que la personne violente va  provoquer en nous sont toutes niées et mises à l’écart comme s’il était préférable pour nous de ne pas ressentir quoi que ce soit à ce moment là.

Nous croyons faciliter notre approche de la violence en ne la ressentant pas mais c’est exactement le contraire qui se produit. En ne sentant pas la violence et les vibrations qu’elles provoquent en nous, nous les accumulons et elles se entrainent la peur que nous sentons dans ce genres de situations.

C’est pour cela que la violence nous paralyse et nous bloque ou nous impressionne tant. Notre méconnaissance de la façon de ressentir les choses nous empêche de ressentir la violence et nous laisse à la merci des actes violents qui ont lieu en face de nous ou qui sont dirigés contre nous.

Ainsi notre manque de savoir comment nous fonctionnons et à quoi notre corps sert réellement, nous pousse à réagir d’une manière qui est éloignée de nos réactions en situation normale. N’ayant pas eu cet apprentissage, ne sachant pas que cet apprentissage existe, nous sommes enfermés dans des réactions qui ne servent en rien notre intérêt.

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