Qui l’eut cru?
Les raisons de notre manque d’amour sont nombreuses. Éduqué par des gens qui avaient une définition de l’amour portant en elle les germes de leur souffrance, ils ne pouvaient que donner de l’amour en transmettant une partie de cette souffrance. Les enfants recevant ces gestes d’amour n’ont pas ou si peu distingué la partie qui était pur amour et la partie qui était souffrance ou douleur. Par amour pour leurs parents, ils ont reçu tout cela comme de l’amour et l’ont même pour la plus part chéri.
Par peur de détruire le respect qu’ils ont pour leurs parents et surtout par peur d’être des mauvais enfants, par peur d’être des enfants non reconnaissant des sacrifices que leurs parents ont fait pour eux mais également par peur de ne plus avoir l’amour de leurs parents, ils ne se sont jamais engagés dans la recherche du distinguo entre les gestes purs et ceux qui l’étaient moins. Ils mettent généralement un peu trop rapidement les gestes qui ont créé en eux des blessures sur l’éducation à la dure. Ils n’osent jamais s’aventurer dans la revisite des moments où ils ont été sous le joug de cet amour à la dure. Cela est généralement vu comme une preuve qu’ils ne sont pas encore devenus complètement des adultes.
Beaucoup choisissent alors de montrer un visage d’adulte au lieu de vivre en tant qu’adulte. C’est à dire qu’ils font le choix de faire semblant d’être parfaitement bien avec leur enfance bien qu’ils soient très souvent encore hantés par le souvenir de moments qu’ils n’ont pas toujours compris. Les conséquences de ce choix peuvent être terribles car ils entrainent la confusion à l’intérieur de nous même, la peur de ce que nous sommes, le doute vis à vis de ce que nous sommes et le mépris de ce que nous avons en nous. Une fois que le dédain de ce que nous sommes est installé en nous, nous n’avons plus de considération pour les autres. On peut tout leur faire subir soit verbalement ou physiquement. La haine de nous même n’est porteuse que de gestes de haines vis-à-vis des autres.
Sentant bien qu’une douleur est en nous, nous ferons tout pour enlever artificiellement cette chose qui nous fait souffrir. Les moyens que nous utiliseront sont souvent au mieux, inefficace à régler notre situation mais au pire ne font que l’aggraver.
Les moyens que nous utilisons pour nous sortir de notre mal-être sont la réussite sociale, la surabondance de travail, la lutte acharnée pour la reconnaissance de la société, la recherche désespérée de l’approbation de tous. Quand ce n’est pas cela, nous essayons de nous cacher pour ne plus subir les assauts des gens. Alors l’éloignement sera là pour éviter que nous soyons remarqués de peur que les gens puissent voir qu’à l’intérieur de nous que rien ne va plus. La peur que les autres aperçoivent notre véritable silhouette au grand jour qui est mal en point et en profitent pour nous heurter. La peur de décevoir et ainsi de mettre à nu au grand jour notre faiblesse ou l’échec que nous pensons être au fond de nous même. Voilà entre autres quelques pistes néfastes que nous utilisons pour soit être heureux ou nous prémunir du malheur.
Toutes ces réponses si elles sont rassurantes et font du bien temporairement, n’en restent pas moins inefficaces à régler le problème qui rongent les gens. Chaque homme étant responsable de ses actes, nous ne devons pas blâmer la société pour nos échecs.
Cependant, force est de constater que rien n’est fait pour encourager les gens à apprendre à se connaître et aller regarder leur vie et la remuer de fond en comble. Même s’il est vrai que pour celui qui veut le faire, il y a de nombreuses façons d’y arriver comme les livres dans les librairies ou certaines bibliothèques spécialisées, différentes associations, plusieurs ateliers en la matière qui ont pignon sur rue, ils n’ont pas réussi à attirer les foules. La fascination qu’exercent le système sur la population et les moyens extrêmement développés pour les maintenir accrocher et dépendant de celui-ci font que les moyens mis en œuvre par les gens qui savent comment faire pour qu’on puisse se connaître en profondeur ne réussissent pas toujours à atteindre leur but. Mais il est aussi possible que leur but ne soit pas d’attirer toute la population mais seulement ceux qui y sont attirer véritablement car peut-être que si tout le monde y allait, le travail ne serait pas fait profondément.
L’engagement vers une voie qui nous mènerait vers l’apaisement de nos querelles internes nécessite une connaissance de l’existence d’une telle voie. Nous avons besoin de voir des gens qui s’y sont engagés et qui vivent dans le monde et dans nos vies de tous les jours. Il ne faut pas qu’il y est une distance entre ces gens et nous. Il ne faut pas que cela donne l’impression qu’il s’agit de quelque chose d’inaccessible car c’est la meilleure façon d’éloigner les gens de ce qui les rendrait plus apaisé et de les maintenir agrippé au système. Il n’y a rien en effet de pire qu’une population qui sache qu’il existe une voie telle que celle-là, qui l’ait même étudiée mais l’ait faite intellectuellement au lieu de la mettre en pratique. Le système est entrain de populariser cette voie de façon intellectuelle. C’est devenu un mode et d’ailleurs il est même très tendance d’en savoir un peu ou même beaucoup à ce sujet. Il ne s’agit pas d’une voie intellectuelle mais d’une voie pratique qui est mise sur pied dans la vie de tous les jours.
L’idée que beaucoup d’entre de nous ont du bonheur est qu’il nous faut maximiser les choses qui nous rendent heureux et diminuer les choses qui nous rendent malheureux. La réalité nous prouve pourtant le contraire. Il serait incongru de ma part de repousser l’idée de la recherche des choses qui nous rendent heureux et prêcher le rapprochement des choses qui nous rendent malheureux. Je pense au contraire qu’il faille sans cesse aller vers ce qui contribue à nous rendre bien heureux et si cela passe par l’éloignement de ce qui accroît notre souffrance, alors il faut le faire.
Par contre, l’idée que nous avons de ce qui nous rend heureux finit très souvent par nous décevoir. C’est donc que les choses pour lesquelles nous nous sommes battus, n’étaient pas ce que voulions au départ. Nous avions une mauvaise idée de ce qui nous ferait du bien. Ceci étant la preuve flagrante qu’il y a donc un manque de connaissance de ce qui nous fait du bien et de ce qui nous fait du mal. C’est donc là notre plus grand échec. Ne pas être en mesure de savoir ce que nous sommes est notre plus grande déception.
Le manque d’apprentissage de ce que nous sommes nous fait gaspiller de l’énergie dans des choses qui nous font certes plaisir sur l’instant mais une fois ce moment éloigner de nous, nous retombons toujours sur ce qui nous mine de l’intérieur. Tous les drames que nous vivons continuellement ne sont que la résultante de ce manque d’apprentissage de qui nous sommes.
A l’heure actuelle, nous vivons dans une totale ignorance de ce que nous sommes que même si quelqu’un qui a travaillé en profondeur sur ce qu’il est serait à nos côtés, nous ne serions pas en mesure de nous apercevoir de la différence entre lui et nous tellement nous sommes hypnotisés par d’autres objectifs.
Or le siècle a plus que jamais besoin de notre ancrage dans le net plus ultra de ce que nous sommes. Il en va de notre survie non pas en tant que race mais en tant que personnes qui utilisent toutes les facettes et les niveaux d’être qui sont à notre disposition. Des pans entiers de ce que nous sommes existent mais nous n’y avons pas accès car nous nous maintenons à un niveau où notre capacité d’action est la plus réduite. Des possibilités plus grandes sont mises à notre disposition et pour que le système puisse fonctionner comme il l’a fait jusqu’à présent, il aura besoin que nous soyons encore plus endormis qu’avant. Il serait regrettable que de vastes étendues de pouvoirs soient déposées sur notre être et que nous n’en soyons point conscients car le système nous a fait peur ou nous a empêcher très habilement d’y aller. Il s’agirait d’un manque d’opportunité incroyable dont on ne mesure pas les conséquences et dont on ne se rend pas compte.
S’il est vrai que beaucoup de choses sont faites pour attirer notre attention à cela, il est aussi vrai que tous ces efforts sont en vains si on ne décide pas par nous même de nous lancer vers ce qui pourrait nous rapprocher de nous même. Les enjeux pour la terre et la signification de ce que veut dire être humains en sont trop importants.
Nous sommes dans une situation où notre avons une quantité d’or très importante à nos côtés, nous avons besoin de nous acheter des choses qui nous feraient plaisir mais au lieu d’utiliser l’or pour cela, nous avons peur de tourner notre tête pour voir où il est et nous avons peur de l’utiliser de peur d’être malheureux lorsque nous le ferons. Voilà le drame auquel nous faisons face tous les jours.
Les efforts à fournir pour parvenir à la connaissance de ce que nous sommes sont gigantesques. Nous ne devons pas nous faire d’illusions. Le prix à payer pour nous connaître et être attaché à notre véritable nature est très élevé. C’est peut être pour cela que nous choisissons de vivre éloigner de nous même. Peut-être voulons-nous essayer toutes les voies qui ne marchent pas pour atteindre notre bonheur avant d’aller vraiment vers la seule qui en vaille la peine. Le seule problème est que le temps passe très vite et plus il avance plus il est ardu de revenir à soi même.
Ne réduisons pas la création de Dieu à quelque chose d’aussi bas. Ne nous empêchons pas de redécouvrir le Créateur car nous n’avons pas voulu faire les efforts. Ne permettons pas à notre paresse de nous éloigner de nous même. Il serait surprenant que nous passions à côté de nous même non pas par orgueil comme les livres nous l’ont prédis mais à cause de la paresse. Qui l’eut cru?