Qui est la victime?
Cette conférence est intéressante à plus d’un titre. Elle nous montre qu’il est possible de faire exactement ce que l’on veut peu importe d’où nous partons. Il s’agit de l’histoire d’une femme qui n’a pas abandonné ses rêves. Elle s’appelle Amal Elsana Alh’ Jooj. Elle est la directrice du Centre Arabe-Juif d’Egalité, de Renforcement et de la Coopération. Elle est née à Laqiya qui est au Nord-Est du Négev. Elle raconte son parcours de façon très émouvante et très drôle. Cela permet de comprendre beaucoup de choses sur sa communauté et sur les communautés similaires. Je vous conseille d’écouter son témoignage sur http://fora.tv/2008/11/07/Amal_Elsana_Alhjooj_at_the_World_Affairs_Council. C’est vrai que c’est en anglais mais cela vaut la peine.
Les différentes dynamiques de sa famille, de sa mère, de ses sœurs, de ses frères, de son père, de sa situation économique, de son village, des traditions et valeurs de sa communauté n’ont en rien entamé sa détermination à atteindre ses objectifs.
Il est courant d’entendre dans les médias qui décrivent ces communautés que la positon de la femme est difficile car elle est soumise à un monde où elles dépendent du bon vouloir des hommes.
Le témoignage de cette dame nous montre qu’il s’agit de bien plus que cela. Bien qu’elle décrive très clairement que les femmes sont dans une position où elles sont limitées par beaucoup de choses, il apparaît en filagramme que les hommes également sont dominés et soumis à un système qui les dépasse.
Si le problème n’est abordé qu’au travers de la soumission des femmes, alors c’est au mieux une vision réduite du problème et au pire une vision complètement erroné de celui-ci.
A plus d’une reprise, son père voudrait bien qu’elle puisse faire ce qu’elle veut mais les liens qu’il a avec la communauté seront remis en cause en raison des actions que sa fille veut posées. Il se soumet à la tradition bien malgré lui car il sait que les conséquences pour sa famille seront graves.
La réaction de son frère ne pouvait être différente de celle qu’il a eue. Il a été élevé dans ce contexte. Son père, sa mère, sa famille, son village, sa communauté lui ont inculqué ces valeurs. En tant qu’homme de cette communauté, il se doit de réagir pour protéger l’honneur de sa famille ainsi que l’honneur de sa communauté et chose plus personnelle sa masculinité. Il doit montrer qu’il est un homme. Les ambitions de sa sœur sont une occasion de prouver qu’il est un homme aux yeux non seulement de sa famille, de ses amis, de sa communauté et de sa future femme et enfants. Le contexte dans lequel il est né l’oblige presqu’à agir comme il le fait. Il en va de sa survie en tant qu’homme. S’il ne réagissait pas comme il l’a fait, sa masculinité en serait affectée. Il est victime de la façon dont il a été élevé. Il ne pouvait que se comporter de cette façon.
La mère de cette femme est aussi dans une situation où elle est victime de son environnement. Lorsque sa fille vient troubler l’ordre établi, c’est la preuve qu’elle a échoué dans l’éducation de sa fille. Elle n’a pas été en mesure de montrer à sa fille là où était sa place. Si elle n’est pas en mesure de le faire pour cette fille, cela veut dire que pour toutes les autres filles qu’elle a eu, le travail n’a peut être pas été bien fait également. Cela retombera sur elle. Autrement dit, si sa fille agit ainsi, c’est parce qu’elle est une mauvaise mère. Si elle est une mauvaise mère, c’est qu’elle est une mauvaise femme donc qu’elle le veuille ou pas, ces propres parents sont mis en cause. Pour couronner le tout, elle est une source permanente d’humiliation pour son mari.
Sa mère n’a jamais vu d’exemple comme celui de sa fille. C’est une humiliation pour elle. Tout ce qu’elle a mi du temps à construire s’écroule avec la réaction de sa fille. Donc que l’on le veuille ou pas, c’est une tragédie pour elle. A cela vient s’ajouter quelque chose de plus subtile ou de plus caché qui fera d’ailleurs que ce sera elle qui sera le plus opposé à sa fille.
Lorsqu’elle a voulu faire des choses quand elle était plus jeune, l’entourage le lui a interdit. Peut-être n’a-t-elle-même pas osé demander. Tout le monde dans sa famille, ses sœurs, sa propre mère, ses amies sont passées par les situations semblables et elles ont toutes abandonné.
En conséquence, les ambitions de sa fille viennent réveillées ses rêves à elle qu’elle a mis en sourdine. Il y a comme injustice, si sa fille a ce à quoi elle n’a pas eu droit. Qu’elle admette ou pas, cela fait aussi partie de ses motivations lorsqu’elle s’oppose à fille. Pourquoi elle aurait le droit de le faire quand elles toutes se sont privées. L’idée même de pouvoir le faire n’était même pas à l’ordre du jour. Sa mère défend sa vision de la vie. Dans le lutte de sa mère contre ce que sa fille voudrait faire, il y a le fait que sa mère a lutté contre elle-même pour afin de s’empêcher à réaliser ce qu’elle voulait. Sa mère est aussi victime de cette situation.
Dans ce contexte, il est évident que la communauté dans laquelle elle vit réagira également contre elle. Ils sont tous dans le même mode pensé. Si le père de cette femme s’est révélé incapable de contrôler sa famille, il est soit un « faible » ou il est laxiste à faire appliquer les traditions de leur communauté aux siens. Ils se doivent donc de prendre les mesures qui le conduiront à aller dans ce sens. Ils vont utiliser les moyens de pression qui sont sensés l’obliger à revenir dans le chemin qu’ils considèrent comme le bon. S’ils laissent se propager ce genre de comportement, c’est toute leur société qui est remise en cause. Ce sont ces traditions qui les ont faits, tout au moins le croient-ils, les rejeter revient à rejeter tout ce qu’ils sont et ce que leurs parents leurs ont laissés. Il en va de la survie de leur vision du monde. Leur réaction dans cette affaire est donc logique et je dirais même presque sensée.
La chose qui l’a faite tenir et qui l’a fait réussir, c’est qu’elle était accrochée à son rêve. Peu importe les circonstances, c’est ce rêve qui l’a guidé. Même lorsque son père et son frère lui ont dis qu’elle n’irait pas à l’université et que tout semblait perdu, elle a pleuré, pleuré et pleuré encore. C’est d’ailleurs un homme qui viendra lui dire qu’elle est dans cette situation car elle est encore sous l’autorité de son père et de son frère. C’est ainsi que son imagination se mettra en marche et lui permettra de bouger afin d’atteindre ses objectifs.
Son père a poussé les choses uniquement jusqu’où lui il pouvait aller. Après, il a fallu que ce soit elle qui continue toute seule car après tout, il s’agissait de sa vie. Il l’a emmené là ou il pouvait et elle s’est prise en main par la suite.
Nous avons donc une situation où tous les participants sont victimes de quelque chose qui a été mis en place depuis longtemps et nul n’a le control de celle-ci. Ils deviennent donc les acteurs-victimes d’un environnement qu’ils n’ont pas créé et dont ont ne leur a dis que du bien.
Je tiens à préciser que tout ce que j’ai dis ne veut en aucun cas nier le fait que la femme soit soumise et qu’elle rencontre de grande difficultés, ni même que les hommes n’utilisent pas ces traditions pour parfois accroître la soumission des femmes qui sont autour d’eux. Je ne dis pas non plus qu’il ne faut pas tout faire pour que cette situation change et que les actions qui ont été lancées ces derniers temps n’auront pas à terme un effet positif.
Cependant, force est de constater que lorsque le débat n’est vu que sous l’angle l’homme domine la femme, il ne tient pas compte de la soumission de l’homme face aux traditions. L’homme soumet la femme car il est soumis à des traditions. La femme accepte de se soumettre à l’homme car elle est d’abord soumise aux traditions.
Si l’on prend ces femmes et que l’on enlève la culture, les traditions, les valeurs dans lesquelles elles vivent et qu’on ne voit que sa soumission, c’est un profond manque de respect vis-à-vis de ces femmes.
Ne pas prendre en compte le cadre dans lequel ces femmes vivent est un acte criminel vis à vis de leurs sociétés. Opposé l’homme à la femme est une stratégie qui méprisent profondément le fait que l’homme et la femme sont condamnés au moins à cohabiter et au plus à vivre ensemble.
Une stratégie qui ne tient pas compte de cela est au mieux incomplète au pire mauvaise. Je dirais même que cette stratégie parfois ne fait qu’accentuer la pression de l’homme sur la femme car il se sent en danger. Or il ne s’agit pas d’une libération de la femme par rapport à l’homme mais de voir comment changer ce qu’il y a dans les traditions, les valeurs, les coutumes qui permettent que les hommes et les femmes finissent par poser des actes qui vont à l’encontre des intérêts de ceux qu’ils disent aimer.
Qu’est ce qui fait que les hommes et les femmes se soumettent à ces traditions et les défendent malgré les situations qu’ils ont autour d’eux? Pourquoi choisissent-ils de maintenir ce système bien qu’il est démontré ses limites? Qu’y a-t-il dans l’environnement dans lequel ils vivent qui faits que bien qu’ils soient les victimes de ces traditions, ils continuent de s’y accrocher? Quels sont leurs intérêts de vivre dans une telle société? Qu’espèrent-ils atteindre en se comportant ainsi?
En trouvant les réponses à ces questions, il sera facile de pouvoir aborder le problème sans tomber dans les préjugés ni dans le mimétisme des solutions qui n’ont que très partiellement fonctionnées ailleurs et qui ne sont pas adaptées à ces communautés. Le défi que ces communautés posent est celui de trouver des solutions globales. Rien ne sera accompli si l’ensemble n’est intégré. C’est une approche complètement différente de celle qui a pu marcher en occident. Les objectifs des femmes de ces communautés ne sont peut-être pas les mêmes que celles de l’occident.
C’est pourquoi lorsque cette bédouine dit qu’il faut que les occidentaux acceptent qu’il y a plusieurs définitions du terme féminisme, nous ne pouvons qu’acquiescer. Cette définition ne peut venir des occidentaux car ils ne sont pas dans le même contexte ni dans les mêmes visions du monde. Il faut que ce soit un féminisme qui prenne ces racines dans leurs communautés et qui soit basé sur leur réalité. Ce que les occidentaux ont fait, ils l’ont fait pour eux, les autres doivent aller dans ce qui leur est le plus adapté. Les occidentaux ne doivent pas imposer leur vision à ces gens car ils ne savent pas ce qui les motive.
Enfin je dirais que cette femme a réussi à faire ce qu’elle voulait dans sa communauté. Elle n’en est jamais sortie. Elle est parvenue à ces fins en utilisant les règles de sa communauté. Elle a réussi à faire bouger le système tout en y vivant. Elle est devenue un leader de ce système car elle était au fait des règles de fonctionnement de sa communauté et elle les a utilisées au mieux de ses compétences. C’est donc la preuve que c’est possible à l’intérieur de ces communautés de faire bouger les choses de l’intérieur pour peu qu’on s’en donne les moyens et que nous ayons la détermination.
sana a dit,
octobre 27, 2009 à 12:51
Je souhaitait juste dire que cette article est vraiment intéressant et bien rechercher, je suis étudiante mais passionné par l’actualité qui touche a la soumission des femmes et il est vrai que en prenant compte de l’envirronement des ces populations apparaît toute la logique qui explique de tel comportement. Donc merçi pour cette article très intéressant.
crazyreal a dit,
octobre 27, 2009 à 1:59
Je te remercie Sana d’être passée par ce blog et je suis très heureux que cet article t’es plu. Ton commentaire est un encouragement à ce que je continue. Merci une nouvelle fois.