Nuances et à propos
Nuances et à propos
Le serpent rampe. Il se faufile, il s’immense, il saisit tous les détours, il change de couleur parfois. Il recule sans en avoir l’air. Il observe. Il est froid, tourne et se détourne. Il engloutit. Il saisit tous les aspects de la terre sans jamais craindre de monter sur l’arbre. Il épouse les formes sur lesquelles il avance. Il fait l’amour à la terre. Il vibre avec la terre. Il capte tous ces mouvements. Il obéit à la terre. Il suit le mouvement que la vie lui donne. Il s’intègre parfaitement en tout. Il le fait discrètement. Son corps est froid dit-on.
Combien d’êtres humains sont en mesure d’avoir ces qualités du serpent? Combien peuvent s’adapter à tous les changements comme lui le fait? Combien vivent les différentes nuances et petites vibrations comme une perte de temps? Nous sommes trop happés dans ce qui est soit disant clair. Mais hélas! Rien n’est clair. Tout est nuancé, tout est enchevêtré dans toutes les couleurs. Rien n’est d’une seule couleur. Cela a l’air d’être une porte ouverte que j’essaye d’ouvrir mais le mettre en pratique est terrible.
Notre vision de la simplicité et de la clarté est si fausse qu’elle ne tolère aucune graduation, aucune variation, aucune évolution, aucune disparité dans nos vies. Vivre les nuances et les changements sont une mort perpétuelle. Il faut sans cesse tuer ce qu’il y avait avant pour faire place à la nuance qui vient s’imposer aujourd’hui. A cette seconde. La seconde qui suit, une autre nuance viendra et il faudra déjà abandonner ce qu’il y avait avant.
Notre cœur doit être ouvert à la nuance comme le serpent se mue à son environnement. Cela veut dire que notre cœur doit s’exercer aux différents éclairages. Les lumières doivent toutes être vues et nous devons nous y exercer sans peurs. La patiente est ce dont nous avons besoin pour faire face à toutes ces subtilités. Le serpent avance en zigzaguant mais cette forme de marche ne doit pas nous faire oublier que chaque zigzag est constitué de mouvements parfaitement droits. Le zigzag et la marche droite se fait simultanément. L’un est dans l’autre et l’autre est dans l’un.
Nous sommes avec quelqu’un et en même temps nous sommes avec l’autre. Nous quittons quelqu’un et en même temps nous revenons vers lui, nous avançons et en même temps nous reculons. Nous ouvrons notre cœur à une personne et au lieu de cela, il s’ouvre à une autre et se ferme à d’autres. Sommes-nous plus proches ou plus éloignés? Où sommes-nous par rapport à l’autre? Où sommes-nous l’un et l’autre dans notre histoire? Que vivons-nous? Nous sommes-nous rencontrés pour épurer où pour construire? Qu’est-ce qui se déconstruit et pourquoi? Où allons-nous? Sommes-nous prêts pour ces efforts que la nuance exige de nous? Pouvons-nous soutenir les efforts que la multiplicité de regard demande que nous ayons afin de saisir convenablement les choses?
Sommes-nous préparés à accepter les milles morts qu’exige la nuance? Avons-nous les moyens d’y faire face? Avons-nous été suffisamment entrainés à cette tâche? Nous qui avons choisi de danser avec la vie, pouvons nous vivre les variations énigmatiques de la vie? Pouvons-nous embrasser la nuance partout où celle-ci se présente et partout où elle le demande?
Sommes-nous suffisamment serpent pour vivre notre serpent intérieur? Allons-nous laisser la peur du serpent ruiner notre serpent intérieur? N’ayons plus peur du serpent. Rapprochons-nous de lui et apprenons de son grand savoir faire. Regardons le faire et reconnaissons sa grandeur. Reconnaissons sa danse et suivons le sans gène et sans retenu. Il a quelque chose à réveiller en nous. Il a quelque chose à nous donner. Si nous le regardons avec les yeux du cœur, il attisera en nous le serpent capable de nous faire être dans la nuance et les à propos de la vie avec calme, douceur, tendresse et réceptivité.
Libérons-nous de la peur du serpent et accueillons-le en nous comme nous accueillerions notre mère. Embrassons le serpent comme nous embrasserions notre mère. Tout ce qui est sur terre est pour nous. Rien n’est inutile n’y n’est mis pour nous faire du tort. Le serpent en nous doit s’éveiller, s’élever et aller au delà de la peur dans laquelle nous le maintenons. Il en va de notre amour pour la vie et de notre amour pour nous même.
Amour, permet nous de vibrer toutes tes sensations. Amour permet nous de saisir toutes les nuances de ce mot amour afin de vivre la vie ouvert. Amour, ressuscite en nous les nuances et les à propos. Amour, ouvre-nous aux nuances de notre cœur. Amour, donne nous la main et aide nous à vivre les nuances de nos cœurs. Amour, allume le serpent qui git en nous et laisse le vivre et donne-nous le courage d’apprendre à ses cotés.
L’apprentissage commence avec le serpent.

