Les questions au sujet des catastrophes à répétition en Haïti
Les questions au sujet des catastrophes à répétitions en Haïti
100 000 morts voir plus. Des destructions indescriptibles, des blessés un peu partout, des pleurs, des larmes et toute la communauté internationale qui va à la rescousse d’Haïti. Les scientifiques sont venus immédiatement et nous ont expliqués que ce drame était la conséquence des mouvements des plaques tectoniques en dessous d’Haïti qui causaient cette situation. L’explication des scientifiques est très importante car elle rassure les gens et elle leur permet de se tranquilliser. Ils peuvent ainsi continuer à vivre leur vie sans se questionner sur ce qui vient de se passer.
D’autres qui ne sont point satisfaits par cette explication peuvent toujours se tourner vers le révérant Paterson qui disait clairement dans le show télévisé qu’il anime que le problème d’Haïti résidait dans le fait qu’Haïti avait signé un pacte avec le Diable pour gagner son indépendance contre Napoléon. Depuis cette époque, toutes les catastrophes que subissent Haïti sont le résultat de ce pacte. Voilà une autre explication rassurante qui permet de se sentir bien. En effet, ceux qui n’ont pas signé de pacte avec le diable se voit récompenser par l’absence de catastrophes sur leurs terres et c’est bien ainsi. Ils peuvent donc continuer leur vie comme si de rien n’était. C’est bien ce qui compte dans toute cette affaire.
Si les gens prenaient le temps de penser, ils pourraient se poser beaucoup de questions dérangeantes non seulement pour eux mais pour la société et les valeurs dans lesquelles ils vivent et il est or de questions qu’ils aillent dans ce sens. Donc tout est fait pour les rassurer et les faire continuer de bouger dans le sens qu’on leur indique. Ils ne doivent surtout pas penser par eux-mêmes mais penser ce que les médias leur indiquent de penser. Leurs têtes seront abreuvées d’explications visant à les calmer ou à les endormir. Chacun aura une explication qui lui permettra de revenir sur ces pas et surtout ne rien changer à sa vie ou pire à la société.
Je ne vais pas juger l’explication du révérant, ni même me prononcer sur les raisons pour lesquelles je ne jugerais celle-ci. Cependant, je dirais simplement que les scientifiques ont donné une explication et que bien qu’elle nous semble bonne, raisonnable et rationnelle, elle reste néanmoins une explication parmi d’autres. Je ne dis pas qu’elle est fausse, ni même qu’elle est l’équivalente de l’explication qu’a donné le révérant Paterson mais cela reste une explication. Il est vrai que cette explication a un très grand poids car nous croyons en la science et l’avons érigé en un statut de quasi vérité absolu si ce n’est de vérité absolu et totale. Nous en sommes arrivés à cette situation avec de bonnes raisons de le faire. Cependant malgré son poids, elle ne stoppe pas les questions que nous pouvons avoir.
C’est d’ailleurs là où la l’explication du révérant Paterson devient intéressante. Il y a dans ce qui se passe en Haïti quelque chose que personne ne veut aborder. Il ne s’agit pas du tout du pacte que les haïtiens auraient signé avec le diable mais d’un besoin de comprendre ce qui se passe en Haïti à un autre niveau. Ce besoin n’est pas combler par l’explication que la science donne. La science ne suffit pas à nous rassurer ou nous endormir. Nous avons besoin d’autres choses en plus.
La réponse que nous avons dans les médias n’est pas complète. Ce n’est pas parce que les gouvernements organisent et mettent en place l’aide pour Haïti et qu’ils nous parlent de la détermination du peuple haïtien à garder l’espoir et qu’ils nous montrent l’ampleur des catastrophes qu’ils empêchent nos têtes de se questionner sur le pourquoi cette nouvelle catastrophe en Haïti. Le révérant Paterson a bien compris qu’il y avait cette question dans la tête des gens et ils donnent une explication étrange à une situation qui est pour le moins anodine.
Maintenant que nous avons dis cela, laissons ce débat et allons vers ces questions que peu de personnes osent poser réellement dans les médias réguliers. Pourquoi Haïti est frappée aussi régulièrement par les catastrophes naturelles? Et lorsque ce ne sont pas les catastrophes naturelles, ce sont les catastrophes économiques ou politiques etc. Que se passe-t-il? Est-ce un pays maudit? Ont-ils signé un pacte avec le diable pour être sous l’emprise des catastrophes sans fin? Sont-ils sous le coup d’une malédiction? Qu’ont-ils fait pour que l’on entende parler d’eux à ce point lorsqu’il s’agit des catastrophes? Dieu serait-il bon ou mauvais? Pourquoi fait-il souffrir Haïti à ce point? Dieu existe-il? Pourquoi se battre quand des choses comme celles-ci peuvent arriver? Si Dieu a décidé d’abandonner Haïti pourquoi devrions-nous le faire? Que se passe-t-il? Pourquoi certains doivent souffrir autant? Et surtout pourquoi nous ne souffrons pas? Sommes-nous bénis de Dieu? Et si oui que doivent faire les Haïtien pour être eux aussi bénis de Dieu ou retrouver la grâce de Dieu? Etc, etc.
L’aide aux victimes étant primordiale et nécessaire, les médias occupent notre esprit avec le soutien que nous devons apporter aux victimes. Ils nous montrent également le courage et la dignité de la population haïtienne. Tout cela est très bien et nous détourne des questions que nous pourrions nous poser avec insistance si nous n’étions abreuvés par les images de la catastrophe, de la peine et de l’aide qui s’organise pour sortir les haïtiens de la situation dans laquelle ils se trouvent. Je tiens à dire qu’il faut faire tous les efforts pour leur venir en aide et si pour le faire il faut en passer par là, alors c’est le chemin que nous devons prendre.
Cependant, nous sommes forcés de reconnaître que l’attention portée sur la partie aide nous détourne des questions qui sont presque naturelles dans ce genre de situation. Ce n’est pas parce que nous nous sommes acquittés de la partie aide que nous avons répondu aux questions que nous avions au tout début de la catastrophe. Je tiens même à dire que dans le cas d’Haïti, le fait que ce soit des catastrophes à répétitions accroit les questionnements que j’ai eus plus haut.
Alors qu’elles sont les réponses à ces questions? Pourquoi Haïti? Pourquoi maintenant? Est-ce qu’Haïti n’a-t-elle pas suffisamment souffert? Pourquoi ce caractère répétitif? Je ne sais pas pour vous mais il me semble que ce sont de légitimes questions. Nous avons le droit de nous les poser et faire semblant qu’elles n’existent pas n’est pas la meilleur attitude. Je dirais même que si les explications de la science et des révérants ne satisfont pas notre curiosité, nous avons le droit de continuer à chercher les réponses aux questions qui nous turlupinent. Ce sont de bonnes questions. Nier leurs existences ne fait que nous desservir.
Les médias, les scientifiques, les appels à l’aide, les images d’Haïti, les discours, les reportages viennent masquer ou nous faire oublier nos questions mais nul ne doit se tromper. Ces questions sont toujours là et elles ressurgiront tant qu’elles n’auront reçus de réponses satisfaisantes. Peut-être avons-nous peur de là où la réponse à ces questions ou la recherche de réponse à ces questions nous entrainerait mais cela ne change rien à l’existence de ces questions et probablement l’existence des réponses.
Certains peuvent se satisfaire des réponses des médias et c’est très bien pour eux mais si d’autres continuent à avoir des questions, ils ne doivent pas s’arrêter. Ils doivent aller chercher d’autres réponses. Cela ne veut en rien dire que nous devons aller consulter les charlatans mais peut-être devons-nous laisser ces questions dans nos têtes et nous laisser guider par elles et voir jusqu’où elles nous entrainent. Cela pourrait-être un bon exercice mais encore faudrait-il ne pas avoir peur quand ces questions arrivent et surtout ne pas avoir peur lorsque les réponses surgissent.
Bien que rien ne nous encourage à le faire, nos questions nous appartiennent et nous avons le droit de nous les poser. Si nous les nions, nous nions une partie de nous. Si nous rechignons à continuer dans la direction où ces questions nous mènent, nous risquons de nous fermer les yeux sur une partie de nous qui essaye de se donner à nous. En rejetant ces questions où en n’y prêtant guère attention, nous manquons des occasions de nous connaître.
C’est malheureusement là que se situe le drame pour chacun de nous qui sommes en vie. Ceux qui sont morts, sont morts. Quant à nous qui restons vivant, comment faisons-nous pour intégrer leur mort? Eh bien! Nous nions ce que nous sommes. Nous ne prêtons pas suffisamment d’attention à ce que nous sommes. A quoi aura servi leur mort si nous ne nous questionnons pas sur ce que nous sommes lorsque les questions arrivent dans nos têtes? Jusqu’où et jusqu’à quand nous préserverons nous des réponses à ces questions? Que faudra-il-pour que nous prenions le chemin qui nous mène aux réponses à ces questions si lorsqu’il y a une catastrophe de cette ampleur, nous ne sommes pas en mesure de le faire? Je ne dis pas que cette catastrophe a eu lieu pour cette raison mais si elle nous interpelle tant, c’est parce qu’elle nous pose des questions mais nous ne voulons pas faire les efforts de trouver les réponses qui vont au-delà de ce que les médias nous servent quotidiennement et régulièrement à ce sujet.
Ces milliers de victimes nous posent inlassablement la question de pourquoi tant de morts? Et pourquoi tant de catastrophes? Ce n’est pas tous les jours que nous sommes confrontés à tant de morts en une seule journée dans un même périmètre. C’est pourquoi la question est posée avec beaucoup plus de pression qu’elle ne l’est habituellement. Qui sommes-nous? Malheureusement, rares sont ceux qui vont dans cette direction or c’est la direction qui permettrait de répondre sainement aux questions que je posais plus haut. Ainsi va la vie sur terre. Toutes les occasions de nous réveiller nous sont données et nous choisissons de passer à coté.


guccishoes a dit,
mai 25, 2010 à 6:53
Thanks for making such a valuable blog, sincerely Kobos Mathers.
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