Notre faux amour pour les animaux domestiques

Notre faux amour pour les animaux domestiques

La croissance du nombre d’animaux domestiques ainsi que l’accroissement des sommes dépensées à leur égard donnent l’impression que nous avons une plus grande compassion. D’ailleurs les chroniqueurs nous le disent si une famille n’a pas un animal domestique à la maison, elle est forcément moins ouverte et moins éprise de tolérance. Et bien entendu, tout ce que les chroniqueurs disent est forcément véridique.

C’est vrai que le temps que nous passons à nous en occuper, à les caresser et à les cajoler montre probablement un aspect de nous qui était peut-être moins présent auparavant. Notre rapprochement des animaux peut-être pris pour une manifestation plus grande de notre humanité or il convient de nous y arrêter et d’observer les choses de plus prêt.

Une humanité plus grande nous conduirait probablement vers une plus grande compréhension de ceux-ci. Il est vrai que nous nous émouvons de plus en plus lorsque les animaux meurent lors des catastrophes naturelles où lorsqu’il s’agit de sauver une espèce en voie de disparition ou encore quand nous voyons des pandas ou des ours dans la nature. En plus de cela, le nombre de végétariens ne cessent de croître même si tous ne deviennent végétariens par amour pour les animaux mais par souci d’amélioration de leur santé. Tout porte donc à croire que nous avons accru notre vision de nous même. Elle est maintenant plus inclusive de la nature et de tout ce qui la constitue.

Cependant, un regard plus profond de la façon dont nous avons inclue les animaux dans notre sphère de tous les jours nous permettrait peut-être de mieux comprendre et de mieux appréhender les motivations de ce nouvel engouement pour les animaux domestiques et pour les animaux en général.

Force est de constater que lorsque nous avons des chiens où des chats et que nous vivons dans un appartement ou dans une maison, le moins que l’on puisse dire c’est que ces animaux domestiques que nous affectionnons avec tant d’amour sont enfermés la plus part de la journée. Ils sont cloitrés à l’intérieur de nos maisons où nos appartements de notre départ le matin jusqu’à notre retour le soir. Il s’agit ici d’animaux qui sont naturellement mieux à l’extérieur. Leur habitat naturel est à l’extérieur.

Bien qu’il soit vrai qu’à notre retour, nous passons une heure ou trente minutes dehors avec nos chiens, cela ne change rien au fait qu’il ait été enfermé toute la journée. Lorsque nous les gardons ainsi chez nous pendant à peu près 22 à 23 heures par jour, que croyons nous que nous faisons? Lequel d’entre nous accepterait d’être maintenu pendant 22 à 23 heures dans une maison avec une heure de sortie par jour.

Personne d’entre nous n’accepterait qu’une chose semblable se fasse. D’ailleurs les lieux où les gens n’ont qu’une heure de sortie par jours portent un nom. Ce sont des prisons.  La prison bien qu’elle est de nombreux aléas a au moins l’avantage que pendant les 22 à 23 heures où les gens sont gardés à l’intérieur, ils ne sont pas seuls. Cela engendre d’autres problèmes pour les prisonniers, je vous l’accorde mais ils ont de la compagnie avec qui ils peuvent échanger. Or le chien ou le chat restant seul dans l’appartement ou la maison lorsque ses maîtres ne sont pas là, n’échange avec personne. Dans son milieu naturel qui est la nature, il aurait beaucoup d’activité à faire mais dans cette maison, il est diminué. Sa capacité à être tout le chat ou tout le chien qu’il pourrait être est réduite. Des pans entiers de leurs personnalités sont non-utilisés. On ne lui donne la permission de sortir que pendant un certain temps qui est déterminé par ses maîtres. Ni le temps, ni le moment de la sortie n’est contrôlée par lui.

Il dépend entièrement du bon vouloir de ses maîtres. Si après une heure de sortie, le chien veut rester dehors et le maître veut rentrer chez lui, le chien doit se soumettre sinon il sera grondé ou réprimander. Voilà où notre amour pour le chien ou le chat nous a conduit. C’est ceci que nous appelons tous l’amour de nos animaux domestiques. Nous parlons de l’amour que nous avons pour notre animal domestique alors que nous lui faisons subir le traitement que nous ne supporterions de personnes si nous avions le choix. Le milieu naturel de ces animaux n’est pas dans nos maisons ou nos appartements. Mais par amour pour eux, nous les y avons contraints.

Nous faisons que la vie de l’animal domestique tourne autour de nous. Nous l’enfermons dans notre vie et changeons sa nature première. La destiné de l’animal est déroutée en raison de notre soi-disant amour pour lui.

Libres de ces mouvements, peut-être ces animaux domestiques auraient eus une autre vie ou d’autres comportements. Nous ne le saurons jamais car pour qu’ils puissent être libres auprès de nous, il eut fallu que nous le soyons aussi. Malheureusement nous les enfermons parce que nous sommes nous même enfermés.

Afin que nous puissions voir que nous enfermons ces animaux, il faudrait que nous puissions voir combien nous sommes enfermés. N’étant pas au fait de notre propre enfermement, nous ne sommes en mesure de voir l’enfermement des autres ou celui que nous faisons subir aux autres. Dit autrement, notre prison étant devenu le seul état que nous reconnaissons comme possible pour nous et le seul que nous connaissions, nous ne sommes pas à même de voir la prison dans laquelle les autres sont de même que nous sommes aveugles à l’emprisonnement dans lequel nous plongeons ces animaux. C’est exactement ce qui se passe avec ces animaux domestiques.

Alors vous me direz qu’au moins le chien ou le chat ou les autres animaux domestiques sont mieux nourris et en meilleur santé que s’ils étaient seuls et livrés à eux même. Cet argument bien qu’il paraisse judicieux est non seulement faux et démontre surtout à quel point nous sommes incapables d’imaginer que les autres espèces ou même parfois les gens d’autres races puissent être bien sans notre intervention.

C’est d’ailleurs l’argument que donnent les gens qui veulent réviser la vision de la colonisation. Ils disent tous que si les occidentaux n’avaient été là, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud seraient dans des conditions graves. Quoi qu’en disent les livres que les occidentaux ont propagés, ces populations auraient suivis une évolution qui les auraient amenés ailleurs si les occidentaux n’avaient pas été là.

Les gens semblent oublier bien vite que ces continents existaient avec leurs populations qui avaient toutes leurs cultures, leurs médecines, leurs médicaments, leurs modes de vies et leurs traditions bien avant que les occidentaux arrivent et y insèrent les leurs. 

Il en est de même pour les animaux domestiques. Il nous est impossible de les imaginer libres de leurs mouvements et à nos cotés. Nous justifions leur emprisonnement en disant que nous améliorons leur niveau de vie. Nous ne pouvons rendre ces animaux libres car nous même ne sommes pas libres de nos mouvements. Ne sachant pas ce qu’est la véritable liberté, nous ne pouvons que nous comporter en deçà de celle-ci. Nous sommes dans un rapport de dominant à dominé. Nous n’arrivons pas à sortir de là. Nous devons à tout prix soumettre l’autre pour être bien. C’est notre seul façon de voir les choses. Nous n’avons pas la possibilité d’imaginer un autre type de rapport.

Nous n’avons pas une imagination qui puisse nous permettre de comprendre que nos rapports avec les animaux pourraient être complètement différents si nous étions différents. Nous n’avons aucun exemple pour nous y aider.

Notre faux amour pour les animaux domestiques Part 2

Nous agissons avec cruauté envers nos animaux domestiques en les privant de liberté non pas parce que nous sommes cruels mais par ignorance. Nous ne voyons pas comment notre dépendance à leur égard nous égare. En effet pour les maintenir à notre disposition car nous en avons grand besoin, nous trouvons les moyens de tout faire pour ne pas voir la cruauté que nous leurs faisons subir. Il y a eu une parfaite rationalisation de nos cruelles actions. Ce comportement est symptomatique de notre société.

Lorsque nous sommes face à un besoin, au lieu de nous interroger sur l’apparition de celui-ci et d’essayer de comprendre ce qu’il exprime, nous préférons immédiatement trouver les moyens de le remplacer ou de s’en détourner. Il n’y a rien de mal à essayer de prendre ces actions cependant si ceci est fait sans que nous en ayons conscience, sans que nous ne voyons ce que ce désir révèle à notre sujet, sans que nous en comprenions le sens, nous serons portés voir même condamner à commettre les pires actions pour y parvenir.

Ce désir ou ce besoin révèle un vide qui est en nous. Celui-ci nous terrifie car le manque qui est en nous glace notre personnalité et toutes nos perspectives. Tant que ce manque est là, nous avons peur, nous sommes dans le doute, nous sommes seuls et peu de personnes nous comprennent. Nous risquons de devenir fous ou folles à cause de ce manque qui est apparu en nous.

C’est pourquoi nous ressentons une pression en nous pour combler ce manque. Tant que le vide n’a pas été ré-rempli, nous sommes sans relâche à la recherche de quelque chose pour éviter de le voir. Cela se traduit soit par la fuite en avant. Autrement dit, nous faisons tout pour ne pas nous poser et ressentir ce vide. Nous utilisons les nombreux divertissements qui nous empêcheront de constater que ce vide réside en nous. Cette fuite vers l’extérieur n’est que le résultat de notre peur de ce qu’il y a en nous. Lorsque nous avons épuisé les distractions qui étaient à notre porté, nous les remplaçons soit en créant une famille, soit avec le travail ou avec les vacances et nos hobbies. Généralement, ses derniers nous tiennent pendant longtemps. Avec une famille et le travail, nous sommes surs que pendant vingt à vingt-cinq ans voir plus, nous aurions l’esprit occupé et ne ferons pas face à ce vide.

Mais celui-ci n’a pas disparu pour autant, il est toujours là et lorsque nous avons fini de nous distraire, le vide cogne à notre porte. Il nous rappelle que nous ne nous sommes pas occupés de nous et c’est ainsi que parfois nous rentrons dans une grande dépression et parfois c’est le suicide. D’autres continueront encore de se voiler la face car s’affronter est la chose la plus difficile au monde.

Vous remarquerez qu’aucune de ces solutions ne comblent ce vide. Ce sont toutes des palliatifs qui nous éloignent de ce vide mais celui-ci reste toujours présent. Fuyant comme nous le faisons, nous devons sans cesse avoir quelque chose qui nous permette de nous aveugler à ce vide. Plus nous fuyons, plus notre désir de fuite est grand et plus nous ne croyons qu’en la fuite pour régler ce problème.

C’est donc ainsi que notre dépendance face aux moyens de fuites naît. Une fois que le processus a été enclenché, il tourne tout seul et nous rentrons dans un cercle vicieux qui peut-être sans fin et qui va en s’agrandissant. Nous devenons des esclaves de ces moyens de fuites. Nous sommes prêts à tout pour y parvenir. Nous rentrons dans l’état de l’être humain qui rampe afin de détourner son attention du vide qu’il sent en lui. Nous devenons des drogués à ces moyens de fuites. Voilà où ce comportement nous mène.

Nous devenons donc dépendant des moyens que nous utilisons pour ne pas voir le vide. Notre besoin de le combler nous pousse vers des comportements néfastes pour nous, pour nos semblables et pour tout ce qu’il y a dans la nature.

Alors revenons à nos animaux domestiques. Nous sommes dépendants d’eux. Nous cherchons leur douceur, leur chaleur, leur calme, leur présence, leur écoute, leur affection, leur compréhension, leur patience, leur tolérance, leur tendresse, et leur amour. Ils nous offrent tout cela sans rechigner et en ne demandant rien en retour si ce n’est manger, boire et sortir. Nous avons tout cela à notre disposition et nous ne voulons pas nous en débarrasser.

Qu’il est incroyable d’avoir tant d’amour à nos cotés. Tout cela à peu de frais. Nous n’en revenons pas que nous puissions à ce point être aimé car nous n’éprouvons pas à notre égard le même niveau d’amour. Très souvent, nous pensons ne pas être méritoires de tant d’affection alors quand le chien ou le chat nous en donne sans compter. Nous sommes subjugués par tant de gestes et de manifestations d’amour. Qui nous a aimés à ce point? Qui a manifesté plus d’amour pour nous que ces êtres l’ont fait? De mémoire, personne ne la fait et c’est bien pour cela que nous sommes attachés et dépendons d’eux pour notre amour.

Malheureusement, notre dépendance nous empêche d’honorer l’amour qu’il nous donne en les rendant à la nature. Le manque que nous ressentons est ce manque d’amour. Nous n’avons jamais été témoin d’un tel don de soi à notre égard. Même notre propre personne ne nous aime pas à ce point. La preuve est que nous n’arrivons pas à rester seul avec nous même sans chercher toute suite quelque chose qui pourrait nous éloigner de nous.

N’étant pas en mesure de nous donner à nous même le niveau d’amour que ces animaux domestiques nous donnent, nous en devenons extrêmement dépendants. Puisque notre niveau d’amour est tellement bas, nous sommes dans l’impossibilité d’aimer suffisamment ces bêtes domestiques pour choisir de ne pas les avoir chez nous mais de les laisser libres.

Parce que nous sommes d’un niveau d’amour très bas non pas pour l’humanité mais pour nous même, nous rentrons dans un rapport de possession de l’animal et nous le mettons dans des conditions extrêmement difficiles uniquement pour satisfaire nos besoins d’amour.

Tout ceci pourrait être évité si au lieu de chercher à combler ce vide, nous nous demandions comment ces animaux sont en mesure de nous aimer plus que nous ne sommes en mesure de le faire? Plus tôt que de combler notre manque d’amour par des choses extérieurs à nous, nous pourrions essayer de chercher en nous ce qui pourrait nous permettre de nous aimer autant que ces animaux nous aiment.

Afin d’y parvenir, cela requiert une prise de conscience au sujet de nous même et de l’utilité de ces animaux mais nous sommes incapables de le faire car nous devrions remettre en cause toute notre vie et personne ne veut n’y n’est prêt à le faire. Nous avons fait preuve de notre domination physique des animaux domestiques mais ce qui est extraordinaire est que malgré cela, ils n’ont pas changé leur comportement vis à vis de nous.

Ils continuent de nous aimer bien que nous les ayons mis dans les conditions d’extrêmes difficultés. Quant à nous, notre domination physique nous a complètement changés. Nous sommes devenus dépendant de leur amour alors que nous sommes sensés être supérieurs à eux. Nous les avons fait dépendre de nous pour leur nourriture mais à l’intérieur, ils ne dépendent pas notre amour. Nous dépendons de leur amour. C’est là notre tragédie.

Nous avons rationnalisé la prison dans laquelle nous les enfermons car nous sommes dépendants de leur amour. Nous sommes devenus des tortionnaires car nous sommes dans l’incapacité de nous aimer personnellement. Nous ne voyons même pas que nous sommes des gardiens de prisons. Il s’agit de prisons dorées mais il n’en reste pas moins que ce sont des prisons tout de même. Il nous faut donc revenir à l’amour que nous nous donnons. Le vide à l’intérieur de nous n’est qu’un appel à la recherche de cet amour qui nous fait tant défaut.

 

6 Commentaires »

  1. Cat a dit,

    hé, j’aime ce texte ! Je pense que je le mettrai en lien dans les quelques forums animaux que je parcours à l’occasion… et où j’ai déjà eu des débats sur la liberté de l’animal domestique (le chat en l’occurrence), échanges où chacun reste finalement campé sur ses positions, avec les adeptes de la liberté et les gardiens de prison dorée. Votre analyse va parfois loin, mais elle pose les base d’une vraie remise en question, et c’est ce que j’apprécie… Et moi-même, avide de cette liberté que je laisse également à mon chat adoré… j’angoisse malgré tout quand il tarde à rentrer… Effectivement nous sommes en définitive plus dépendant de leur amour qu’ils ne le sont… C’est en cherchant des réponses sur cet attachement somme toute excessif que j’ai atterri dans vos pensées… merci de les partager.

    • crazyreal a dit,

      Je suis content de recevoir vos bons mots et j’apprécie que vous ayez pris le temps d’écrire pour partager ce que vous pensiez. N’hésitez pas à partager le texte si vous le juger intéressant dans les forums que vous juger adéquat.

      Je vous remercie, Crazyreal.

  2. jiji a dit,

    Excellent ,
    merçi de m’avoir éclairé car je ne comprenais pas le comportement de ma femme qui a un chien ,en a voulu un deuxième ,et maintenant un cheval…..
    Cordialement

    • crazyreal a dit,

      Je vous remercie d’être passé par ce blog. Si ces quelques lignes ont pu vous être d’une quelconque utilité, j’en suis bien aise.

      Je vous remercie de me l’avoir signalé et je vous souhaite une bonne continuation,
      crazyreal

  3. joyce a dit,

    Très belle analyse!moi qui ne comprenais rien aux animaux,encore moins à l’engouement des maitres pour leurs loulous.Je suis plus éclairée maintenant et du meme avis que vous d’ailleurs.Merci pour votre article.cordialement

    • crazyreal a dit,

      Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ces quelques mots et surtout d’y avoir trouvé quelquechose d’intéressant. Que cette période de fin d’année vous soit douce et agréable,
      crazyreal


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