La peur concubin (e) invisible
La peur concubin (e) invisible Part 1
La peur. Sentiment étrange s’il en est. Présent autour de nous comme une concubine qui nous tient la main. Une amante qui ne cesse de roder autour. Elle vient à l’improviste. Elle a toujours les clés de l’appart alors que nous lui avons dit que c’était fini entre nous. Elle n’a peur de rien. Lorsque nous l’oublions, elle envoie un signe comme pour nous dire, tu ne seras jamais seule car je t’accompagnerais toujours. Elle nous dit : « je suis ta compagne et je ne t’abandonnerais jamais même si tu ne veux plus de moi ». Il ne s’agit jamais d’une compagne d’un jour mais une compagne de toujours. Elle est fidèle et ne nous abandonne jamais quoi que nous fassions. Peut-être est-elle amoureuse? Peut-être sommes nous l’homme ou la femme de sa vie?
Par quel détour l’avons nous invitée dans notre vie? Comment avons nous fait pour qu’elle soit à ce point présente pour nous? Pourquoi est-elle celle que nous écoutons le plus de toutes nos compagnes invisibles? Comment fait-elle pour nous connaître aussi bien? Elle est si attentive à nos inquiétudes que si nous en oublions une, nous pouvons être sur qu’elle nous le chuchotera à l’oreille telle une épouse discrète qui ne veut se faire remarquer. C’est généralement en douceur qu’elle agit même s’il est vrai que parfois elle crit avec une telle force que nous en sommes pétrifiés. Nous ne pouvons plus bouger. D’ailleurs nous avons inventé une expression pour cela : « se faire dans la culotte ».
Compagne invisible, pourquoi es tu plus présente en moi que je ne le suis? Pourquoi est ce que je t’accorde plus de temps que je ne m’accorde? Quel est ton secret? Comment as-tu réussi à m’apprivoiser?
Je te vois agir jour après jour sur moi et les autres. Je te vois motiver les oies que nous sommes. Je te vois soutenir tes efforts pour que nous fassions ce que tu désires. Je nous vois ramper à tes pieds, exécuter tes ordres et modifier nos attitudes à ta guise. Tu es devenue notre guide car nous avons abandonné ce que nous sommes. Nous ne croyons plus que nous sommes capables de vivre sans toi. Nous avons limité notre vie à ce que nous faisons sur cette terre. Tu es devenue maîtresse de nos vies sur terre car au lieu de nous cerner, nous cherchons à te cerner. Au lieu d’apprendre comment tu fonctionnes, nous choisissons d’apprendre à accroître ton pouvoir sur nous. Tu es devenue maîtresse car nous avons abdiqué « le maître/la maîtresse » qui git en nous.
Nous avons choisi de ne pas surmonter les difficultés pour nous soumettre à ce que nous sommes. Depuis que nous avons laissé tomber le rôle que la vie avait désignée pour nous, la peur nous indique le rôle qu’elle voudrait nous voir jouer et nous la suivons sans broncher. Nous faisons semblant de la dépasser. Nous apprenons à vivre avec elle. Nous créons des citations et des livres qui lui sont dévoués. Elle règne sur nos vies avec notre accord. Elle fait la publicité de ces actions. Elle aime que nous parlions d’elle. Elle est jalouse lorsque nous détournons notre attention. Elle est mesquine lorsque nous l’ignorons et elle est dévoratrice lorsque nous sommes au plus bas.
Elle sait se terrer lorsque nous perdons espoir et que notre avenir nous importe peu. Elle disparaît car elle sait qu’elle n’aura aucun impacte sur nous à ce moment là. Nous pensons à ce moment là que nous avons vaincu la peur mais c’est mal la connaître la caillasse. Dès que nous reprenons espoir, elle sait qu’elle a gagnée, elle replace ses pions et se joue de nous une fois de plus. Elle joue aux échecs avec notre vie. Elle est passée maître du jeu de notre vie.
Si nous l’avons appelé par le passé car nous étions désespérés, depuis elle a étendu ces tentacules. Rien ne lui a résistée. Elle a su s’imposer dans chaque recoin de notre être. Elle a pris possession de ce que nous sommes. Elle a construit son temple à l’intérieur de nous où elle nous tient comme prisonnier. Toutes les hantises que nous avons ne sont que les reflets des murs qu’elle a mis autour de nous afin de nous garder dans le temple qu’elle nous a construit pour nous soit disant par amour.
Nous étions si peu dans l’amour de ce que nous sommes que lorsqu’elle nous a tendu ses bras, toute suite nous avons accouru. Elle nous a appris à nous méfier, à douter, à nous questionner, à programmer et à contrôler. Dieu seul sait le nombre d’extases que nous avons eu lorsqu’elle nous a fait miroiter le control. Aahahahahahah le control. Nous avons été hypnotisés par ce terme et les moyens pour y parvenir.
Les chansons de la peur nous ont bercés. Dans notre sommeil-éveillé, nous rêvons de vie prometteuses de bonheur. Malheureusement nous ne les atteignons que rarement et tant bien même nous les atteignons, ils disparaissent aussitôt qu’ils sont venus. Ils sont si éphémères. Chaque fois que l’illusion s’écroule, la peur renchérit l’espoir pour nous refaire dormir. Le mécanisme est si bien huilé que nous glissons en elle à chaque fois. A chaque fois, c’est le même orgasme que nous éprouvons mais nous n’en sommes pas conscients. Nous changeons bien de positions mais à la fin de la journée, il faut bien l’admettre, c’est le même orgasme qui a lieu. Rien de plus sous le soleil.
Pieuvre aux tentacules multiples, elle se fraie un chemin partout. Elle entre et envahit tout sur son passage. Elle n’a peur de rien elle si ce n’est de nos retrouvailles avec nous même. Elle craint cela de toutes ces forces. C’est pourquoi elle déploie tant d’effort pour nous en éloigner. Notre peur de nous même n’exprime que la peur qu’elle a de disparaître si nous rencontrons ce que nous sommes. Elle détourne notre attention de tout ce qui pourrait nous rapprocher de nous. Elle est comme ça la gueuse, elle nous veut pour elle et personne d’autre. Que dis-je? Elle nous veut en elle à tout moment.
Chaque fois qu’il y a une possibilité que nous ouvrions les yeux et que nous sortions de ce profond sommeil dans lequel elle nous a plongé, elle est la première à nous mettre en garde contre ce qui pourrait s’avérer être une voie dangereuse. Elle nous rappelle oh combien nous étions perdus sans elle. Elle nous incite à suivre une fois de plus ses conseils. Elle est très forte pour nous amener là où elle veut.
Nous lui avons ouvert tellement de porte qu’aujourd’hui, notre oreille est d’abord attentive à ce qu’elle dit. Si nous ne sommes pas patients, nous prenons nos décisions sans avoir écouter les autres. Leurs voix sont pourtant également audibles mais nous ne savons pas les écouter. Ce n’est pas que les autres voix ne s’expriment guère, c’est juste que nous n’avons appris qu’à écouter la voix de la peur.
C’est la seule voix en laquelle nous avons confiance. Plus notre confiance en la peur est forte, plus son poids dans les discutions internes que nous entretenons est forte. Plus nous aimons nos peurs, plus nous accroissons la distance qui nous sépare de ce que nous sommes vraiment. La peur est forte car nous choisissons de nous soumettre au lieu de la regarder.
Si nous la regardons, elle va nous remettre notre cadeau. Elle est messagère de quelque chose d’important pour notre vie. Si nous ne prenons pas ce qu’elle a à nous donner, elle continuera d’exercer son rôle jusqu’à ce qu’on lui demande sereinement de nous livrer son message. Dans le monde de l’invisible, elle est là pour nous enseigner. Elle fera tout ce qu’elle pourra pour nous servir notre message. Il nous faut passer de l’obéissance à nos peurs à l’écoute et l’apprentissage de celles-ci. Il en va de notre connexion à notre maître/maîtresse intérieur.
La peur concubin (e) invisible Part 2
La peur est entrée en nous pour nous sauver. Une fois installée son but fut de nous assujetir. Elle prit le control en installant en nous des pans entiers de doutes, d’inquiétudes et de peur. Concubine possessive, ne sachant pas aimer, elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour nous faire dépendre d’elle au lieu de dépendre de nous même. Impressionnables comme nous l’étions nous l’avons cru et autorisé à s’installer chez nous et à nos dépends. Elle est devenue papesse en notre fort intérieur. Elle a réussi à se rendre si indispensable que nous lui avons donné le droit de voir à notre place, de sentir à notre place, de gouter à notre place, d’entendre à notre place et toucher à notre place.
Elle s’est accaparée de tous nos sens avec notre accord. Nous n’agissons sans qu’elle ait son mot à dire. Elle veille sur nos actes, nos pensées et sur nos paroles. Le temple qu’elle s’est érigée en nous a pour seul objectif de la glorifier et la maintenir comme déesse incontestable et incontestée en notre fort intérieur.
Notre manque d’amour et notre manque de considération envers nous même sont les leviers de son emprise. Elle a trouvé notre faille et nous mène par le bout du nez. Chaque fois que nous regardons les choses de la vie, elle se plait à nous rappeler tous les moments où nous ne sommes pas aimés. Elle renforce la montagne de manque d’amour qui est en nous. Elle sait que plus nous voyons cette montagne élevée, plus nous avons besoin d’une béquille pour marcher dans le monde. Son seul désir est que nous l’utilisions pour fonctionner dans le monde. Elle est consciente que son unique raison d’exister est notre croyance en notre manque d’amour.
Moins nous sommes en mesure de nous aimer, plus son système est fort. La perfide ne s’arrête pas là. Nous aurions pu penser que contrôler nos actes, pensées et paroles lui suffirait mais c’était mal connaître notre coquine. Afin de garantir son emprise, elle se fait toute petite. Elle réussit à nous faire croire que c’est nous qui contrôlons la situation. Son pouvoir réside dans sa capacité à nous faire croire que nous sommes conscients des décisions que nous prenons or bien que nous en soyons responsables, de toutes nos décisions sont prises sous son influence. Il est vrai que nous avons le choix de faire ou de ne pas faire ce qu’elle veut mais le système qu’elle a mis en place ne nous en donne pas les moyens. Sa discrétion, son effacement, son invisibilité sont les clés de son succès. Moins elle a besoin d’intervenir elle même, plus nous pensons diriger les choses. Le système qu’elle installa en nous jadis, après plusieurs années passées à le perfectionner, et à l’huiler, fonctionne tout seul aujourd’hui. Elle ne s’occupe plus de nous directement mais uniquement des moyens d’améliorer son système.
Elle intensifie notre sentiment d’être le maître chez nous, d’être celui qui contrôle les choses et d’être celui qui prend les décisions alors qu’en réalité, c’est elle qui influence nos comportements.
Ce qui est curieux, c’est qu’elle est consciente qu’elle n’est qu’une parmi les mondes invisibles qui peuvent influer sur nos décisions mais qu’à cela ne tienne, elle veut néanmoins contrôler notre volonté sur cette terre. Elle sait que les autres mondes invisibles nous contrôlent beaucoup plus que nous ne nous en rendons compte. Cependant, elle s’évertue à nous faire croire que nous contrôlons tout autour de nous. Plus nous sommes éloignés de la réalité, plus elle peut s’en donner à cœur joie dans notre manipulation.
Les autres mondes invisibles ne cherchent pas à nous contrôler si nous ne sommes pas d’accord. Ils ne cherchent pas à nous soumettre à leur volonté. Il faut bien admettre que la peur par son comportement multiplie les efforts pour nous pousser dans un sens ou dans l’autre. Elle veut gérer nos décisions sans que nous ne nous en apercevions.
Est-ce à dire que les autres mondes invisibles nous respectent plus? Ou peut être ne sommes nous pas habitués à les écouter?
Le réseau que la peur a construit en nous, empêche que nous soyons réceptifs aux autres mondes. Il nous faut donc effectuer un nettoyage complet de tout ce que la peur a créé avant qu’il nous soit possible d’être à l’écoute de ces autres invisibles dimensions.
D’ailleurs, ces dimensions ne sont invisibles que parce que la peur a recouvert notre perception de son voile limitatif. Pour que nous retrouvions la parfaite perceptibilité de nos sens, nous devons comprendre que jamais nous n’avons été au centre de nos préoccupations mais que la peur y était.
Suite à cela, il nous faut une prise de conscience que la peur nous a donné certaines croyances qui sont complètement fausses et sans fondements. Une fois que nous avons rompu les liens qui nous attachaient aux croyances liées à la peur, il nous faut détruire le système qui les soutenait.
Quand le système est effondré, nous arrivons face à la montagne de peurs qui s’est forgée avec le temps en nous. Il n’y a plus rien qui nous sépare d’elles. Nous devons y faire face et y apporter de la lumière.
Ce n’est qu’à la fin de ce processus que nous pouvons commencer à utiliser nos sens tel que nous étions sensés les utiliser à l’origine. Tant que nous ne sommes pas passés au travers de ce processus, nous ne pouvons voir les mondes invisibles, nous ne pouvons les écouter, nous ne pouvons les toucher, nous ne pouvons y gouter et nous ne pouvons les sentir.
C’est notre concubin/concubine invisible qui se tient entre nous et le niveau le plus élevé de notre humanité. Nous devons nous défaire d’elle/de lui pour nous retrouver. Notre amour de nous se doit d’être toujours plus fort que la peur que ce (tte) concubin (e) nous inspire. La peur est là pour nous pousser à entamer les démarches pour nous retrouver. Elle est notre alliée pour peu que nous ne réagissions pas à ces mécanismes mais prenions plus tôt le temps de comprendre la question qu’elle nous pose chaque fois que son système agit en nous.

