Pour une approche positive de la mort

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Pour une approche positive de la mort part 1

La mort occasionne chez tout le monde un certain remue-ménage sans précédent. Les choses se passent comme si nous n’étions pas en mesure de pouvoir y faire face. Lorsque celle-ci arrive tard et fait suite à une maladie, nous devons être confrontés à plusieurs étapes. Nous avons d’abord la lente dégradation du corps de la personne malade qui nous rappelle sans cesse que cette personne fut en parfait état physique. Elle courait, jouait au basket, travaillait quinze heures par jour tout en était fier, accomplissait différentes tâches ménagères et pouvait regarder la télé sans avoir sommeil. Mais hélas aujourd’hui, le physique qui hier réalisait tant de choses ne répond plus. Bien au contraire, il fait défaut. La personne que nous avons crue si invincible n’est plus là.

Elle a du mal à marcher. Elle oublie ce qu’elle nous a dis deux minutes plus tôt. Il faut sans cesse lui redire les choses sinon il y a beaucoup de risques qu’elle ne s’en rappelle pas. Même aller aux toilettes devient dur. Elle y va et ne tire pas la chasse. Chose qu’elle n’aurait jamais fait autrefois. Devant la télévision, elle n’est plus en mesure de tenir plus de vingt minutes sans dormir. Nous la regardons en peine.

Où est-elle cette personne que nous mettions au sommet? Où est-elle cette invincibilité que cette personne dégageait sans arrêt? Pourquoi sommes-nous obliger de la voir dépérir ainsi? Cette personne n’a pourtant rien fait de mal alors pourquoi doit elle subir les assauts de la vie comme si celle-ci cherchait à se venger du fait qu’elle ait bien vécue et conformément aux règles prescrites par la société, par la famille et par l’entourage.

S’apercevoir de la différence entre “le avant” la maladie et le “pendant” la maladie est une déchirure. La douleur qu’elle provoque est totale et entière. Le chagrin qu’elle cause, on ne s’en remet que très rarement. Prendre conscience de ce phénomène est une tragédie que nous traversons sans savoir comment y faire face car nous sommes mal équipés pour avancer sur ce chemin. Nul ne nous a préparés à cette situation. Personne ne nous a dis que cela arriverait un jour et voilà comment il faudra s’y prendre.

Nous sommes seuls n’ayant que nos larmes pour compagnie lorsque ce drame se présente à nous. C’est alors que la religion devient une source de réconfort mais si nous regardons bien, elle n’enlève pas la peine que nous subissons tous les jours lorsque nous posons notre regard sur ce qui disparaît chaque jour un peu plus. Ce départ signale il faut bien le dire la fin d’une période ou la fin de quelque chose en nous.

Voir cette personne qui nous aimait s’en aller, c’est comme si l’amour que nous recevions jadis ne sera plus. C’est ainsi que cette pensé vient en nous: “qui nous aimera comme tu nous as aimé? Qui saura ce que je pense comme toi seule savait? Vers qui se tournera-t-on avec tant de confiance lorsque tu ne seras plus là? Que restera t il de toi? Que restera t il de nous quand tu seras parti? Vers qui me tournerais-je alors pour juste me sentir à l’aise ou en compagnie de quelqu’un qui n’a que des yeux d’amour pour moi?

Même s’il y a des gens autour de nous en permanence qui nous aiment, la réponse qui vient en filigrane derrière les questions précédente est généralement : « personne ». Il nous faudra faire sans comme beaucoup l’ont fait avant nous. Cela fait parti de la vie. Cependant, le drame est généralement total. Nous sommes subjugués par cette souffrance et nous faisons tout pour la réprimer, pour la cacher, pour l’éviter, pour passer le plus vite au travers sans la ressentir.

Si c’est le père ou la mère qui disparaît, c’est le fils ou la fille soutenu par ses parents que nous étions qui meurt en nous, si c’est le fils ou la fille qui disparaît, c’est la mère ou le père qui nourrissait son enfant qui n’est plus en nous, si c’est l’oncle ou la tante qui disparaît, c’est le neveu ou la nièce qui meurt en nous, si c’est le frère ou la sœur qui disparaît, c’est le frère ou la sœur avec qui nous jouions qui fait ces valises. Nous ne nous en remettons jamais. Qui sera en mesure de re-remplir nos cœurs après que ceux-ci furent vidés de l’amour de ceux qui les maintenaient en vie? Nous avons peur qu’une fois parti, leur présence s’en ira avec eux. Nous serons seuls.

Avec le départ de ces précieux êtres, c’est un peu de nous qui est appelé à disparaître un peu plus chaque jour. Nous voyons bien le caractère éphémère des choses de la vie et nous ne savons pas quoi faire. Cela a pour conséquence d’accroître nos passages à l’église et notre ferveur pour notre religion car nous voulons avoir le paradis. C’est la réponse qu’une bonne partie de nous donne à ce genre d’évènement. Mais est ce réellement cela la réponse? A qui mentons-nous si ce n’est à nous même?

Si l’on éprouve quelques bonheurs temporaires à y aller, cela ne doit pas masquer la peur que nous avons éprouvée lors de la décrépitude de l’être humain à laquelle nous avons assisté lorsque l’être chère s’en est allé. Cette peur est ce qui nous motive à aller à l’église avec encore plus de ferveur. Cependant, ne nous y trompons pas, la peur de notre propre mort ne nous fera pas croire au message de nos prophètes.

La peur de notre mort mêlée à la culpabilité que nous avons d’être en vie lorsque nos parents sont partis, additionné au ressentiment que nous avons de ne plus être près d’eux ne serait-ce qu’une fois, plus notre refus d’abandonner la douleur que nous avons éprouvée lorsque la personne aimée est morte, ne nous rapprochera pas des messages divins.

La culpabilité vient souvent aussi du fait que nous avons peur d’oublier la personne aimée. Ceci nous fait nous accrocher à la peine que nous avons ressentie le plus longtemps possible de peur que si cette peine s’en va aussi, nous n’aurons plus rien qui nous liera à la personne qui est morte. Cette réaction est au mieux inutile vis-à-vis de nous et vis-à-vis des morts. Elle porte en elle le risque de nous écraser et de nous en vouloir de ne plus souffrir. Au pire elle est le reflet de notre profond manque d’amour vis-à-vis de nous même. C’est la preuve que nous ne connaissons pas ce qu’est l’amour. Il y a une ignorance totale de ce qu’est l’amour qui apparaît lorsque nous sommes confrontés à la mort.

Au milieu de cette confusion qui est dans notre tête, comment pouvons nous prétendre nous rapprocher des messages que les prophètes ont laissés au travers les millénaires? Sans clarté à l’intérieur de nous, nous ne pouvons voir clair dans les messages envoyés par le Divin. Si nous ne sommes pas en mesure de nous voir, comment peut-on espérer voir autre chose? Lorsque nous sommes complètement confus en dedans, qu’espérons nous voir d’autres à part la confusion au dehors?

Sans clarification intérieure, il n’y aura point de clarification extérieure car tout ce que nous voyons en dehors n’est que le reflet de ce que nous sommes en dedans.

Une approche positive de la mort part 2

La mort est donc une opportunité pour nous d’aller au-delà de nous même. C’est un signal que la vie nous envoie pour que nous allions à la rencontre de ce qui fait notre essence. Pour y arriver, il nous faut dépasser la peine que nous éprouvons et nous installer complètement dans nous même. J’insiste beaucoup sur cette notion de “nous-mêmes” car la mort de nos proches nous fait comprendre à quel point nous dépendions d’eux. Leur départ nous permet de nous rendre compte que notre dépendance vis à vis de leur amour, leur approbation, leur support, leurs compliments, leurs sourires, leurs encouragements et leur présence était utile jusqu’à un certain point.

Leur rappel à l’autre monde nous permet de nous rendre compte de l’éphémère situation dans laquelle nous étions lorsque nous arrimions notre vie à eux. En effet, avec leur départ, l’absence de leur soutien nous travaillera au corps au point que nous rechercherons sans nous en rendre compte à retrouver leur présence dans les objets, les photos, les endroits où nous avions l’habitude d’aller etc.

Cette attitude, bien qu’elle soit compréhensible n’en reste pas moins une attitude de personne souffrante surtout si elle se fait sans en être conscient. Ce comportement est la preuve que la douleur que nous éprouvons n’est pas dépassée. Elle révèle même notre manque permanent de nos proches ainsi que notre installation dans une souffrance qui ne dit pas son nom. Recherché sans cesse leur présence revient à être dans un enfantillage qui ne se nomme pas. Cette quête fait certes l’objet de très belles histoires de familles dans les livres et est vue maintes fois par beaucoup de gens comme la révélation tardive de l’amour que l’on portait à nos proches et les pleurs qui sont versées à ce sujet rempliraient des océans mais hélas, elle montre que nous ne parvenons à reposer sur nous même que très rarement.

Alors dans ce cas, que veut dire s’asseoir en soi? Il s’agit tout simplement de comprendre que nous tous nous reposons sur une présence qui est en nous. Rien de ce qui est à l’extérieure ne vaut la peine que nous nous y accrochions. Nous pouvons appeler cette présence comme on veut, cela n’est pas le problème. Ce qui a mis nos parents en face de nous c’était cette présence et nous étions en face d’eux car cette présence l’a voulu ainsi.

C’est donc la même présence qui était en eux qui est siège en nous. Donc lorsqu’ils disparaissent, au lieu de chercher leur présence, c’est la présence de celui ou celle qui les soutenait que nous devons retrouver. Puisque c’est la même présence qui agit en chacun de nous, lorsque nos parents retournent à l’au-delà, plus tôt que de les chercher eux, c’est cette présence que nous devons chercher. Nous ne la trouverons pas en dehors de nous comme c’était le cas lorsqu’ils étaient en vie mais à l’intérieur de nous.

L’occasion nous est donnée de nous rapprocher de notre essence. La mort est notre chance de dépendre de la seule Chose qui agit en nous, au travers de nous et par nous. Peu importe comment nous l’appellerons, l’important ici est de savoir qu’elle existe et que nous faisons tous partis de cette chose et que nous sommes tous cette chose.

Accepter de dépendre de cette chose veut dire que nous n’avons plus besoin des béquilles que nos parents représentaient jadis. Si cette chose est en chacun de nous, il nous faut donc accroître la présence de celle-ci en nous.

Avant d’arriver à ce stade, il faut nettoyer tout ce qui n’est pas cette chose. Il y a un grand balayage à faire à l’intérieur de nous pour que nous la retrouvions. C’est après moult efforts que nous parviendrons à éradiquer le foin qui cache le diamant qu’est la présence de cette chose. Une fois retrouvée et reconnue, nous pourrons donc la faire grandir en nous. C’est ainsi que nous reposerons sur cette présence. Il n’est pas aisé de la faire surgir et de l’attiser en nous mais cela est possible. Beaucoup avant nous y sont parvenus et y travaillent chaque jour et sont guidés dans leurs efforts par des gens qui se sont engagés sur cette voie et ont faits leurs preuves. 

Il ne tient qu’à nous de nous mettre comme eux sur le chemin de la reconnaissance de cette présence. Nous sommes beaucoup plus que ce que nous croyons. Nous sommes la cause de nos limitations et nos malheurs. Dès que nous émettons ne serait ce que la pensée d’y aller, tout se met en place pour nous y guider. Alors serions nous prêts à prendre le risque?

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