Dieu le Père VS. le père

Égypte 127

Très souvent, la notion de Dieu est entachée par la notion de Dieu notre Père. A cause des expressions comme Dieu le Père, Dieu notre Père, notre Père à tous, nous avons sans le savoir une relation avec Dieu qui est engluée par la relation avec notre père physique. Nous envisageons alors la relation avec Dieu au travers de la relation que nous avons eu avec notre père. Nous pensons que nous retrouverons le même genre de rapports avec Dieu que nous avons entretenus avec notre père.

Par exemple, si nous étions avec notre père dans un environnement où : « si tu fais quelque chose de mal, je te punis et si tu fais quelque chose bien, je te félicite » notre vision de Dieu s’en fera évidement ressentir. Si nous étions confortable dans cette relation, nous rechercherons Dieu qu’au travers de ce prisme. Si par contre notre père cédait à tous nos caprices, Dieu sera forcément vu un petit peu de cette façon. Si lorsque notre père refusait d’accéder à nos demandes, nous étions en mesure de le manipuler pour qu’il revienne sur sa décision, c’est de ce genre de rapports avec Dieu que nous serions friands. Certains ont toujours négocié avec leur père et s’attendent à ce que les choses en soi ainsi avec Dieu.

Quand nous n’avons pas conscience de ce phénomène, nous réduisons Dieu et le genre d’aide qu’il peut nous donner. Lorsque nous ne sortons pas de la vision de Dieu uniquement vue sous l’angle du lien que nous entretenions avec notre père, nous privons notre esprit d’une ouverture qui nous permettrait d’accéder à d’autres aspects de nous mêmes.

En effet si Dieu pouvait nous toucher par d’autres moyens que le petit fusé par lequel nous voulons l’obliger à passer, nous recevrions un peu plus que ce que nous avons eu jusqu’à présent. Je ne dis pas qu’être débarrassé de cet amalgame suffit à comprendre toutes les notions de Dieu mais cela en améliore l’approche que nous avons de Lui.

Peu importe la qualité du père que nous avons eu, il n’atteindra jamais celle de Dieu le Père. Vous me direz que cela est évident mais est-ce vraiment le cas? Bien qu’il ne faille pas faire de comparaison, il est important de faire la distinction entre les deux. Il ne faudrait pas que nous hésitions à nous questionner sur la confusion que nous pouvons faire entre les deux.

Cet amalgame est source de plusieurs problèmes. Confondre notre père avec Dieu nous met dans une situation où nous le mettons sur un piédestal qui ne lui rend pas ni à lui, ni à nous, service. Les attentes que nous avons lorsque nous le plaçons si haut au dessus de l’olympe ne peuvent que se retourner contre lui et contre nous.

En plus si jamais il ne parvient pas à les combler. La déception est grande lorsque nous tombons dans cette situation. Nous sommes déçus car il n’est pas au niveau où nous le mettions. Nous sommes déçus car nous l’aimons et le voir chuter est une déchirure interne qui risque de n’être jamais refermer. Enfin, nous finissons par en vouloir à la vie de n’avoir pas permis à notre père d’être à l’image que nous avons construit ou que peut-être que lui même a entretenu.

Les conséquences de cette superposition sont cause de grande souffrance dont nous ne mesurons ni l’étendu, ni les répercutions. Notre vie peut prendre une direction complètement différente si nous ne faisons pas attention à ce malentendu.  On se sent humilié lorsqu’il n’est pas au niveau où nous l’attendions. Nous sautons sur cette opportunité et nous allons nous venger tel un chevalier contre la vie ou autre chose.

Or le chevalier que nous décidons d’être n’a absolument rien compris. C’est malheureux parce que peut être que si nous n’avions pas vu les choses sous le couvert de la déception, il est probable que notre vie ne se serait pas déroulée de la même manière.

Tant bien même notre père parviendrait à tenir cette image que nous avons construite, nous risquons d’être enclins à vouloir le dépasser ou l’imiter.

Donc non seulement nous en souffrons mais lui aussi en souffre. En effet, notre père peut être à la merci de notre jugement. Il peut très mal prendre le fait qu’il nous ait déçus. Il ne le montrera pas dans la pire des situations car il ne voudra pas nous accabler par sa peine mais lorsque nous en prendrons conscience, ce sera encore l’objet de souffrance additionnelle. Au mieux, il nous le fera savoir qu’il n’apprécie pas que nous l’ayons jugé et nous le fera sentir de la pire des façons et cela n’engendrera que de la souffrance. Personne ne sortira gagnant de cette situation. Lorsque ceux-ci mourront, la culpabilité viendra y mettre son grain de sel.

Bien que nous aimions pour certains profondément nos parents, nous devons sans cesse vérifier que lorsque nous les regardons, nous les voyons eux et non l’image que nous avons d’eux. Il en va de la qualité de la relation d’amour que nous entretenons avec la vie. 

La distinction entre Dieu le Père et notre père nous éloignera de tout ce qui nous maintient dans les liens de subordinations avec nos parents. Il ne faut évidement pas les offenser mais il faut prendre toute sa place. Malheureusement tant que réside une infériorité face au père ou à la mère d’ailleurs et que nous forçons le maintient de cette infériorité en raison d’une mauvaise compréhension du terme respect, nous commettons ce qu’il faut bien appeler une erreur de vie.

Dieu ne nous a pas envoyé sur terre pour que nous confondions gratitude, reconnaissance avec obéissance et infériorité. Ce n’est qu’en prenant toute notre place que nos parents accomplissent entièrement ce qu’ils avaient en eux d’accomplir pour nous. Si nous les forçons à rester les schémas où ils nous empêchent de prendre toute notre place, nous devenons à ce moment là responsables de cet attachement. Nous pensons bien faire en obéissant coude que coude même lorsque cela nous déplait mais en réalité nous ne les servons pas en leur mentant. Nous leur manquons de respect lorsque nous sommes en face d’eux et que nous voyons qu’ils se trompent à notre sujet et qu’uniquement parce que nous voulons garder les apparences de respect, nous décidons soit de ne rien dire, soit de faire semblant, soit de soutenir l’image qu’ils ont dans leur tête alors qu’elle est tombée il y a déjà bien longtemps.

Il s’agit d’une insulte au travail qu’ils ont fait. Ils nous ont permis de distinguer ce qui était  bien de ce qui était mal. Malgré cela lorsque nous voyons qu’ils sont dans l’erreur, au lieu de le leur dire, nous évitons de le faire par peur de les offenser. Le pire dans toute cette affaire n’est même pas que nous ne voulons pas les offenser, c’est qu’en réalité, nous avons peur de nous en vouloir après que nous les aurons heurtés. Nous craignons notre propre jugement sur notre acte. Donc ce n’est même pas parce que nous pensons à eux mais bel et bien parce que nous voulons nous protéger. Nous ne pensons qu’à nous. Notre égoïsme est sans limite.

Dieu ne saurait vouloir quelque chose qui n’est pas bon pour nous. Donc s’il y a quelqu’un ou un mensonge qui nous maintient à un niveau inférieur à celui auquel nous sommes sensés parvenir, Il ne sera pas satisfait. Il veut ce qu’il y a de meilleure pour nous au delà de ce que nous pouvons concevoir ou imaginer.

Si nous avons le courage d’être nous même, nous replaçons les rapports que nous avons avec nos parents dans une autre dynamique. Nos parents ont besoin de nous pour se libérer du joug du rapport dans lequel ils nous ont mis. Si nous ne le faisons pas, ils n’en seront jamais conscients et nous ne saurons jamais ce que cela veut dire. Que nous décidions de nous priver de liberté, c’est une chose. Mais que nous les en privons car on manque de courage est une chose qui aggrave la situation. Surtout si nous considérons qu’ils sont Dieu. On peut tout dire à Dieu. Il peut tout entendre. Donc la peur que l’on manifeste à leur égard au moment de leur dire notre vérité est fausse peur. La vraie peur est celle que nous avons de nous même.

Nos parents ont besoin de voir que nous sommes capables d’aller jusqu’au bout de nous même. Cela leur permettra à eux même d’aller plus loin qu’ils n’auraient imaginés. Les respecter veut dire que lorsque nous sommes conscients de qui nous sommes, nos actions leurs diront : « vous avez fait de moi un homme ou une femme et je ne serais pas moins que cela. »

 Une fois qu’ils nous auront vus aller jusqu’au bout de nous mêmes, ils iront à leur tour au bout de là où ils n’ont peut être pas osé aller.

Dieu ne peut donc pas vouloir moins que ce que nous sommes. Confondre Dieu le Père avec le père est mettre en péril tout le processus de libération qui vient d’être décrit.

 

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