Devenir Adulte
Devenir Adulte
En cette fin de mars ou la température est plus incertaine, c’est l’occasion de voir la nature à l’œuvre. Nous sommes passés au cours de ces deux dernières semaines du chaud au froid, de la pluie à la neige, des couleurs grisâtres du ciel à un grand soleil, du temps venteux au temps le plus doux qui soit et tout cela en l’espace de deux semaines. Celui qui prenait pour acquis que le temps resterait stable s’est probablement fait avoir plusieurs fois. Toutes ces variations ont eu lieu et elles sont passées. Il n’aurait servi à rien de s’y accrocher. Comme l’eau de la rivière ne cesse de couler, le temps ne cesse de suivre son chemin.
Et nous pendant ce temps là, que faisons-nous? Nous nous accrochons et essayons de stabiliser les choses quand malheureusement, il ne sert à rien de s’y maintenir. En effet si nous le faisons, ce sont ces choses qui nous quitteront, nous rappelant ainsi que nous avons commis la plus grande erreur qui soit: celle de vouloir garder en nous ou avec nous quelqu’un ou un sentiment qui est de toutes les façons éphémères. Ceci ne veut en aucun cas dire que nous ne devons pas nous entourer d’amis ou d’amour ou de choses ou quoi que ce soit mais peut devrons-nous voir que tout cela bien que ce soit très important, n’est qu’éphémère.
Alors vous me direz sur quoi faut-il compter? Eh bien! Je ne vois rien d’autres que nous-mêmes. Le nous-mêmes ici, fait référence au « soi ». Il ne s’agit pas du rejet de l’autre ou de l’isolement, ou du mépris de l’autre ou du repli sur soi car nous avons été déçu par l’autre mais d’un réel rapprochement de soi sur lequel nous sommes en permanence. Le soi n’est pas ici une défense ou une protection mais une reconnaissance de notre valeur et de ce qui fait ce que nous sommes. Ne pas se mettre dans l’illusion que l’autre nous définit plus que nous ne le faisons nous-mêmes.
L’erreur est de penser que parce que quelqu’un est avec nous depuis quarante ans que c’est gagner. Ceci peut paraître assez pessimiste mais il n’y a rien de pessimiste dans cette constatation. Bien au contraire c’est non seulement du réalisme mais d’un optimisme sans précédent.
Savoir que nous sommes la ressource sur laquelle nous dépendons en tout temps est une grande note d’espoir. Le tout résidant dans notre capacité à nous connaître. Afin de nous reposer sur quelque chose, il nous faut savoir de quoi il s’agit. Donc un apprentissage profond et sérieux de ce que nous sommes est à faire pour que nous puissions nous déposer sur nous. Connaître la machine qui nous abrite, être courant de ce qui se cache dans le visible et l’invisible, prendre le temps d’aller à notre rencontre sans gène, ni honte en ayant juste le souci de savoir ce qui s’y cache et s’y passe. Voilà ce qu’il faut que nous parvenions à faire.
Plus nous acquerrons une plus grande connaissance de ce que nous sommes, plus nous avons des chances de nous aimer. Plus nous nous aimons, moins nous avons des chances de dépendre des choses ou des gens. L’augmentation de l’amour de soi nous délie de notre dépendance vis à vis des autres. Il ne s’agit pas de fuir l’autre et de n’en avoir rien à faire de lui mais de ne pas être menacé par ces variations émotionnelles ou sentimentales ou autant que faire ce peu, parvenir à maintenir notre amour propre et devrais-je dire notre “amour de soi” intacte dans ce genre de situations ou autres d’ailleurs.
La phrase tout est éphémère est une invitation à aller chercher ce qui est stable en nous et éternelle car c’est la seule chose qui nous tient et sur laquelle nous pouvons reposer sans inquiétudes. Tout autre abri ne sera que sources de déceptions. Si nous voulons éviter une vie passée dans la constatation de cette déception, libre à nous de vivre ainsi mais si nous voulons prendre nos responsabilités, il nous faut retourner vers nous même. Le retour vers soi est le désir de « devenir adulte ».
Il ne s’agit pas de devenir adulte comme nous l’entendons souvent, c’est à dire atteindre l’âge adulte ou se marier et avoir des enfants ou avoir un travail et que sais-je encore mais plutôt de ne plus laisser les enfantillages nous diriger. Tant que nous sommes sous le control de ces comportements de dépendances, nous sommes à la merci de ce sur quoi nous dépendons. Tout ce qui nous fait sursauter, ou nous fait sortir de notre calme est la preuve que se cache au-delà de ce que nous voyons, des résidus de comportements « d’enfantillages ». Enfantillages ici veut dire que nous sommes sous le coup d’une charge émotionnelle qui n’a pas été déversée. Tant que celle-ci ronge à l’intérieur, chaque fois que le sujet ou la situation sera abordé, nous réagirons de la même façon. Une connaissance approfondie de soi permet de voir ces charges émotionnelles et de commencer à les libérer. Celles-ci sont les fondations de nos énervements intempestifs.
Notre état intérieur et notre amour de nous variera en fonction de la présence de ces émotions tant que nous n’aurons pas fait le travail de décharge émotionnelle auquel nous nous devons de nous soumettre afin d’être un peu plus proches de nous. La connaissance de ce que nous sommes, la soumission à ce que nous sommes et surtout l’amour de ce que nous sommes nous gardera de tout ce qui se présentera à nous.