Chute du Mur de Berlin VS. Flux Migratoires
Chute du Mur de Berlin VS. Flux Migratoires Part 1

A l’occasion du 20eme anniversaire de l’écroulement du mur de Berlin, c’est peut-être l’occasion d’aborder le sujet de l’efficacité des mesures que nous prenons pour séparer les peuples. Au travers les siècles, les tentatives de séparations des populations furent tentées et n’eurent d’ailleurs que des résultats bien modestes. Le temps a souvent contredit les politiques de séparations qui ont été mises en place pour éloigner les peuples.
Je prendrais par exemple le cas du Texas et du Mexique. Les États-Unis ont pris le Texas au Mexique il y quelque siècles de cela et beaucoup de mexicains en furent chassés. Qu’en est-il aujourd’hui de cette séparation? Ce fut un déplacement temporaire. Aujourd’hui il y a tellement de d’américains d’origine mexicaine qui vivent au Texas que les autorités voulaient déclarer comme langue officielle l’anglais car il était menacé par l’espagnol. Ils en sont même venus à suggérer lors des dernières élections pour le poste de gouverneur du Texas que les débats entre les candidats se fassent en anglais et en espagnol. Il y a eu une repopulation du Texas par les mexicains et cette fois-ci de façon pacifique. C’est une sorte de clin d’œil que l’histoire aime à nous faire de temps en temps.
Prenons le cas de l’Espagne qui aux 16 eme siècles obligea les mauresques (musulmans convertis à la chrétienté) ainsi que les juifs à quitter l’Espagne car ils posaient une menace. 300 000 personnes furent ainsi déplacées et abandonnées sur les côtes Nord africaines. Beaucoup de ces gens sont restés en Tunisie et en Kabylie. Dès qu’ils purent, ils repartirent en Espagne sous des noms d’empreints dans les régions où personne ne les connaissait. Avec le temps ce sont les musulmans qui ont immigré en Espagne. A tel point qu’aujourd’hui, il y a une très forte population musulmane en Espagne. Quels furent les résultats réels de cette politique de solution finale comme ils l’appelaient déjà à l’époque? Le temps replaça les choses.
Nous pourrons prendre d’autres exemples mais je préfère m’arrêter ici. L’histoire nous a montré que peu importe les politiques qui sont mises en place, rien n’empêche les êtres humains à circuler et à aller là ou ils veulent partir. Aujourd’hui les technologies semblent donner un nouvel espoir à ceux qui voudraient fermer les portes de leurs pays, de leurs continents ou de leurs espaces. Malheureusement pour eux, j’ai bien peur qu’ils vont une nouvelle fois aller contre le courant de l’humanité qui est de circuler. Ceux qui veulent empêcher la circulation des hommes ne feront qu’au mieux le retarder et au pire augmenter le prix de passage auprès de leurs frontières.
Ces politiques de fermetures de frontières oublient que la terre est une et que les populations vont là ou elles doivent aller. Comme le sang doit circuler partout dans le corps, lorsque son flux est interrompu, cela provoque généralement un choc qui est ressenti dans tout l’organisme. Au niveau humain, afin de lutter contre l’immigration dans leur territoire avec des moyens de plus en plus violents et coercitifs, il y a une diabolisation de l’étranger ou de l’autre. Il s’en suit une impression de nier le lien qui peut exister entre l’étranger et nous. Il y a une déshumanisation de l’autre. Lorsque l’autre n’est plus complètement vu comme un être humain, il en résulte que ceux qui se protègent de l’autre ont des comportements inhumains envers lui. Ainsi croyant se protéger de l’autre, ils détruisent en fait leur propre humanité en se comportant avec violence contre l’autre. Ils nient le lien qui les unit avec l’autre.
Une fois qu’ils ont rejeté l’autre, ils oublient qu’il y a un autre à l’intérieur de leur territoire qui leur est semblable à eux en tout point. Il se peut que ce soit un voisin, ou un ami. Une fois qu’ils ont adopté le rejet de l’autre qui était étranger et que tous reconnaissaient comme tel, ils vont entre eux pratiquer le même rejet avec ceux qu’ils n’aiment pas.
En conséquence, puisqu’ils se comportent ainsi à l’extérieur, c’est exactement comme cela qu’ils se comportent avec eux mêmes. Lorsqu’il y a quelque chose en eux qu’ils n’aiment pas, au lieu de prendre le temps de le comprendre, ils vont rejeter cette partie d’eux mêmes. Or ils ne peuvent s’aimer partiellement. Ils doivent aimer tout ce qu’ils sont ou tout au moins trouver la façon de vivre en paix avec eux mêmes. Malheureusement le rejet qu’ils ont effectué de l’autre les maintient dans une position où leur approche de ce qui est différent n’est envisagée que par le rejet. Ils ne savent pas faire autrement que rejeter ce qui ne leur plaît pas.
Chute du mur de Berlin VS. Flux migratoires Part 2

Après avoir parlé des effets qu’entrainent les tentatives de la fermeture des frontières sur les populations qui sont à l’intérieure de celles-ci, peut-être faudrait-il maintenant aborder les conséquences sur les populations qui sont à l’extérieure. Chaque fois qu’il y a une interdiction quelque part, elle provoque inéluctablement une envie de passer outre l’interdiction. La fermeture des frontières donne l’impression qu’on essaye de cacher les choses. L’interdit attire beaucoup plus que ce qui est permis. C’est pourquoi fermer les frontières provoque souvent l’effet inverse à celui qui était recherché préalablement.
Tous ceux qui planifiaient leur départ à une date ultérieur vont l’avancer pour ne pas être empêchées par les nouvelles mesures. L’autre effet plus sournois celui-là, est que les prix de passages des frontières comme je l’ai déjà dis vont augmenter. Plus le gain est élevé, plus les mafias en place feront tout pour détourner le système de ses buts premiers.
Si les gens savent qu’ils peuvent aller dans ces zones n’importe quand, ils ont tendance à prendre leur temps pour le faire. Ils en sont moins fascinés et les mafias ne trouvent guère matière à faire des affaires sur le dos des gens qui veulent s’exiler. Par contre lorsque c’est difficile, le trafic du passage des frontières devient plus lucratif. Ainsi sans le vouloir, il y a une augmentation de la mafia en raison de l’accroissement des mesures de sécurité. Je ne dis pas que c’est toujours le cas mais je précise que dans cette situation, l’une des conséquences peut être l’augmentation de la mafia.
Une fois que les frontières sont fermées et que les médias disent que les étrangers veulent venir, il y a un double effet négatif non seulement pour les populations à l’intérieur des frontières mais également pour les populations à l’extérieur. Il s’agit du sentiment de peur et du sentiment de supériorité qui sont créés que cela soit voulu ou pas.
Si les gens veulent venir chez nous ou chez vous, c’est parce que nous avons ou vous avez les conditions de vie supérieures qui attirent l’étranger. Ce qui est d’ailleurs vrai. Celui qui est dans le pays d’accueil est dans une situation où il se dit lorsque l’étranger arrive chez moi, il n’a pas le choix. S’il ne venait pas, il mourrait dans son pays de toutes les façons.
Or ce n’est pas toujours le cas. Je dirais même que la majorité des gens qui se déplacent le font non pas pour des raisons de vie ou de mort mais parce qu’ils ont envi de tenter l’aventure. Il ya une dimension d’accroissement du niveau de vie mais c’est rarement la raison principale pour laquelle ils se déplacent. Il est vrai qu’ils espèrent des meilleures conditions de vie mais ils espèrent surtout allez à l’aventure. Il y a une envie de découvrir et s’installer chez l’autre et si possible faire venir les siens non pas parce qu’ils vont mourir mais parce qu’il y a une fierté à les faire venir.
Celui qui amène sa famille est glorifié chez lui. Il accomplit ainsi le rêve de beaucoup. Il est celui par qui les choses sont arrivées. C’est une gloire que d’être à ce niveau. Donc quand la personne qui est dans le pays d’accueil voit l’étranger comme vivant chez lui et mourant dans son pays natal, il a une vision qui est fausse. Plus tôt que de voir l’autre comme un aventurier ou un nomade, il verra un homme mourant qui vient presque quémander l’aumône chez lui. Cette façon de voir est préjudiciable aux rapports qu’il aura avec lui. Il n’a pas l’exacte représentation de ce qu’est exactement cet étranger. Ainsi le sentiment de supériorité qu’il peut avoir est basé sur une mauvaise appréciation de la réalité.
Or s’il n’y avait pas de frontières, ils ne verraient pas l’autre comme quelqu’un qui vient parce qu’il cherche à survivre. Ils verraient l’autre comme un nomade soit de passage ou qui s’installera s’il trouve les conditions qui lui conviennent. La personne du pays d’accueil serait peut-être gênée par la vue de ce nomade mais il ne se sentirait pas supérieur.
Voir l’étranger comme une personne qu’on sauve fait qu’il est maintenu dans une situation d’infériorité. Il se pourrait qu’il ne soit aimé que s’il est conforme à ces critères. Le fait de le voir ainsi fait qu’il n’a pas l’espace pour être autre chose ou pour devenir autre chose. D’ailleurs même s’il est autre chose, les gens du pays d’accueil ne changeront pas la perception qu’ils ont de lui. Ce qu’ils font habituellement c’est de se placer en juge qui détermine le degré d’avancement d’un tel ou d’un autre immigré et cela bien que leur situation sociale soit parfois inférieur à celle de l’immigré. Le seul rapport qu’ils accepteront avec l’immigré est celui où ils sont ceux qui jugent l’autre. Dès que l’immigré ne rentre pas dans le rapport inférieur-supérieur ou accueillant-accueilli, il n’est pas bien vu. Il est tancé d’arrogance. L’immigré est donc parfois obligé de jouer ce jeu là pour avoir la paix. Ce genre de rapports est maintenu afin de cultiver cette suffisance
Lorsque les frontières sont fermées, les gens sont coupés de l’autre. Ils le voient comme différent d’eux et ne le comprennent pas. Ils ne sont pas habitués à lui. Donc dès qu’il apparaît, il y a tout de suite un sentiment de défense et de peur qui s’installe parce que ce n’est pas habituel. Dès qu’il apparaît, il y a une envie de se protéger.
Quant à celui qui est immigré lorsqu’il passe dans le pays qui ferme ses frontières, il a peur de le quitter car il y des risques qu’ils ne puissent plus revenir. Il est obligé de choisir et de rester dans la zone qui se ferme de peur de ne plus y avoir accès. Or si les frontières étaient ouvertes, l’urgence de faire venir sa famille ne se présenterait pas dans les mêmes conditions. L’envie de rester coude que coude ne se ferait pas sentir avec la même force.
La fermeture des frontières et le rejet des flux migratoires naturels créent les conditions de l’accentuation de certaines dérives que l’on connaît au sujet des flux migratoires.
Chute du mur de Berlin VS. Flux migratoires publié Part 3

Le terme « immigré » fixe les choses et les rendent inamovibles. En nommant des personnes immigrées, ils sont gardés dans un contexte où ils seront toujours des personnes qui sont d’une région et qui sont arrivées dans une autre qui n’était pas la leur. Ils sont identifiés à leur terre natale et sont presque bloqués dans ce seul mouvement. Peu importe les autres mouvements qu’ils feront, ils ne seront d’ailleurs vus que par rapport à celui-là. A tel point que lorsqu’ils auront des enfants, ils ne seront appelés “immigrés de la deuxième génération”. Par cette appellation, ceux qui regardent les immigrés réduisent la vision qu’ils ont des immigrés et par la même réduisent la vision qu’ils ont d’eux même.
En effet s’ils fixent les immigrés dans le seul mouvement décrit plus haut, ils fixent en même leur présence dans le pays où ils sont. Non seulement ils fixent les immigrés dans le pays où ils sont venus mais en plus ils se fixent eux mêmes et ne se voient pas comme personnes ayant bougés dans l’histoire.
Malheureusement c’est une vision réductrice de ce qu’ils sont et cela leur bloque également les possibilités qu’ils ont dans leur propre vie. Ils pourraient en effet se déplacer mais ils ne le feront pas car ils ne se sont jamais imaginés qu’ils pouvaient le faire.
De l’autre coté lorsque les immigrés entendent en permanence qu’ils sont des immigrés, ils se voient comme personne fixés dans le territoire où ils sont arrivés et fuyant le territoire d’où ils sont partis. C’est comme si le seul endroit où ils pouvaient être était le pays où ils sont arrivés alors qu’ils pourraient continuer leur chemin s’ils le désiraient. Or parce qu’ils se voient maintenant comme des personnes qui sont fixés, l’élan de nomades qu’ils avaient est atténué et ils deviennent malgré eux comme ceux qui les ont nommés.
Si les natifs du pays sont en mesure de reconnaître dans l’immigré le nomade, ils reconnaissent en eux également le nomade qu’ils ont été. Ils se voient donc comme des personnes qui bougent, qui ont bougés et qui bougeront. Ils rentrent donc dans un autre rapport avec celui qui vient d’arriver.
Or lorsqu’ils ne sont pas dans cette optique, ils sédentarisent leur tête et par voie de conséquence sédentarisent ceux qui arrivent sur leur territoire. Il y a comme une obligation pour eux à se voir comme sédentarisés.
Notre sédentarisation ne doit pas nous faire oublier que nous avons été des nomades et qu’inévitablement, nous le serons de nouveaux à la faveur des évènements. Oublier que nous sommes continuellement entrain de nous déplacer même si nous ne le reconnaissons pas, c’est oublier les mouvements perpétuels qui nous ont animés par delà les siècles.
Grâce à la mondialisation, nous avons l’occasion de réinsérer un peu plus dans notre histoire les éléments qui ont du être effacés car les pays cherchaient à créer une unité. Tout ce qui a été gommé de certains peuples peut être remis dans l’histoire de ces pays vu que les gens ne se verront plus comme citoyen d’un pays mais citoyen du monde. Seule une reconnaissance de toutes nos histoires permettra aux populations de se sentir citoyen du monde. Cette reconnaissance n’est pas là pour nous figer mais pour nous libérer de celle-ci et d’embrasser notre nouvelle citoyenneté, celle du monde. Afin d’adhérer au monde, nous devons être reconnu non seulement par nous même mais également par le monde. C’est à ce prix là que nous serons à l’aise dans le monde.